Range Tes Disques : Moby
Lire

Range Tes Disques : Moby

Avec une sincérité rare, le producteur-DJ-défenseur-des-droits-des-animaux-photographe-restaurateur a classé ses disques de celui qu'il trouve le moins bon, à celui qu'il considère comme le meilleur.
5.6.18

Range Tes Disques est une rubrique dans laquelle nous demandons à un groupe ou un artiste de classer ses disques par ordre de préférence. Après Korn, Slipknot, Lagwagon, Hot Chip, Manic Street Preachers, Primus, Burning Heads, le label Fat Wreck Chords, New Order, Ride, Jean Michel Jarre, Blur, Mogwai, Ugly Kid Joe, Anthrax, Onyx, Christophe, Terror, Katerine, Redman et Les Thugs, c’est au tour de Moby de ranger ses disques, de celui qu’il trouve le moins bon, à celui qu’il considère comme le meilleur.

Publicité

Au moment où on le retrouve, Moby a visiblement oublié en quoi allait constituer cette interview et s’est montré un rien décontenancé. Mais parce que Moby sera toujours Moby (entendez par là : une légende courtoise et aimable de la musique électronique), il a bien voulu se plier au jeu malgré tout : « J’ai un peu honte, on m’a sans doute prévenu par mail mais j’ai complètement oublié. Ce n’est pas très sérieux. »

Rien d’étonnant cela dit à ce que Moby n’ait rien vu venir : le quinquagénaire producteur / DJ / défenseur des droits des animaux / vegan / photographe / co-fondateur du restaurant TeaNY, est en pleine promotion de son autobiographie Porcelain, et n’a pas vraiment la tête dans la musique. Le titre du livre fait référence à un de ses titres, mais aussi, et c’est moins évident, à sa manie de « vomir dans des objets en porcelaine. » Car le livre retrace les années de débauche et d’hédonisme qu’il a connu à ses débuts, s’arrêtant au moment où il passe du statut de producteur en galère à celui de superstar de la techno.

« Je crois qu’écrire une autobiographie signifie, par définition, mettre de côté pas mal de choses. On ne peut pas être exhaustif, et je me suis rendu compte que je ne pouvais pas faire tenir toute ma vie dans un seul livre. J’aimais aussi beaucoup l’idée de finir sur un moment très difficile, alors que c’est généralement le moment qu’on choisit pour commencer son récit autobiographique. Je ne sais pas si c’était le meilleur choix à faire, mais je pense que c’était pertinent de se concentrer sur une période de dix ans. »

Publicité

Porcelain se termine au moment de la sortie de Play, l’album qui va relancer sa carrière en 1999, et se vendra à plus de 12 millions d’exemplaires. Play, tout comme Everything Is Wrong (1996) et Animal Rights (1996) font ce mois-ci l’objet d’une réédition vinyle sur Mute. Mais de la même manière qu’il avait totalement occulté notre interview, il semble tout ignorer de ces sorties : « Quelles rééditions ? Je n’en savais rien, mais c’est génial ! »

Avant de se lancer dans le classement de ses disques, Moby a choisi de ne pas inclure ses deux premiers, Mostly (1992) et Ambient (1993), principalement parce qu’il n’a pas fait grand chose sur ces albums, à part enregistrer la musique. « Ces deux premiers disques publiés par Instinct, ce sont juste des capsules temporelles un peu bizarres », explique-t-il. « Quand ils les ont sortis, j’étais un peu énervé parce qu’ils ont fait l’artwork, ils ont choisi les morceaux, et je n’ai pas eu mon mot à dire. Mais aujourd’hui je les considère comme des capsules temporelles qui n’ont rien à voir avec moi. Et puis le label était sans doute plus objectif que moi, parce qu’à part la musique, je n’avais rien fait du tout. »

9. Hotel (2005)

Moby : Alors là, ça va être très facile, même si ça m’ennuie un peu de descendre ces disques, parce qu’après tout, s’ils sont aussi pourris, c’est uniquement de ma faute. Et je dois reconnaitre que le pire de tous serait Hotel. C’est un album médiocre, tout simplement. Et il y a plein de raisons pour ça. Il doit bien y avoir deux bonnes chansons là-dessus mais pour le reste, je crois qu’il n’y a rien de vraiment intéressant. La production est très basique.

Ceci dit, Hotel a été mon plus gros carton en Europe, il a beaucoup mieux marché que Play en France et en Allemagne. Aux États-Unis, quand je joue « Lift Me Up », c’est le moment que les gens choisissent pour checker leur téléphone ou aller aux toilettes. Mais en Europe, c’est avec cette chanson que je finis tous mes sets parce que c’est un énorme single.

Publicité

Noisey : Ah oui ? Je l’ignorais. C’est l’album que tu aimes le moins, mais je trouve ça bien qu’il ne soit pas tombé aux oubliettes.
Oui, et je pense même que si j’avais été moins pointilleux en faisant cet album, il aurait pu devenir intéressant. Si j’avais été plus ouvert sur la production, en allant vers le lo-fi, ou quelque chose de plus caractéristique, l’album aurait été meilleur. Mais cette période de ma vie était très étrange : je buvais beaucoup trop et je prenais des tas de drogues. J’étais vraiment très nerveux. C’est très embarrassant de le dire mais je dois avouer qu’à l’époque j’étais obsédé par l’idée du succès. La plupart des choix que j’ai faits pendant l’enregistrement de cet album sont basés sur ce sentiment de crainte et de méfiance obsessives. Il y avait à la fois une réelle prudence, mais aussi un gros abus de drogues, deux choses qui généralement ne vont pas vraiment ensemble. Quand un musicien est à ce point plongé dans les drogues, il a tendance à faire des disques plutôt expérimentaux, comme Station to Station. Mais moi, étonnamment, quand j’étais au fond du trou, c’est cet album-là que j’ai fait.

8. 18 (2002)

Autant je n’aime pas trop Hotel, autant je trouve que 18 a un certain charme. Je pense avoir fait pas mal d’erreurs sur cet album. Déjà, il est beaucoup trop long. Je n’avais vraiment pas besoin d’y mettre 18 chansons. D’ailleurs – attention, je vais citer des noms – au moment de le sortir, je suis allé voir David Bowie et on a écouté nos derniers albums respectifs. Il venait d’enregistrer Heathen, et quand je lui ai fait écouter 18, il m’a très poliment suggéré de supprimer certaines chansons, parce que l’ensemble était beaucoup trop long. Je n’en ai pas tenu compte, alors qu’il avait raison, évidemment. Il aurait pu s’en vanter – du genre « je te l’avais dit » – mais il ne l’a jamais fait. Je crois aussi que la production aurait pu être meilleure, au niveau du son. C’est un disque bizarre. Et même si je l’aime bien plus que Hotel, je pense qu’il est inachevé. Il n’a pas la cohésion qu’ont certains de mes autres albums.

Tu as dit que cet album était le petit frère de Play.
Oui, car les deux sont sortis à peu près au même moment, et ont 18 chansons. Ils se ressemblent aussi beaucoup : ils ont la même typographie et le même design.

7. Last Night (2008)

C’est le disque je j’ai fait juste avant de devenir sobre. J’ai l’impression d’être en plein dans le cliché du musicien mature qui parle de l’avant et de l’après sobriété, mais j’ai réellement fait cet album deux mois avant de devenir clean. C’est donc un joyeux bordel qui transpire l’alcool et les drogues, mais je ne saurais dire si c’est un bon disque. Il doit y avoir deux bonnes chansons, selon moi, mais puisque tu me demandes de le classer, je le mets en septième position.

Tu as dit de cet album que c’était « une lettre ouverte à la musique électronique de New York City ».
C’est le sous-entendu qui était important : « une lettre ouverte à la décadence de New York City ». En gros, c’était une lettre ouverte au fait de se défoncer la gueule à New York.

Publicité

En effet, tu en parles beaucoup dans ton livre. Et je dois dire que je suis surpris de voir à quel point tu te défonçais. Donc Last Night marque la fin de cette période ?
Oh que oui, mec. Pendant que je faisais ce disque, j’ai redécouvert le DJing. D’un côté, je suis retombé amoureux de la musique électronique. Mais je suis aussi tombé amoureux des tournées en tant que DJ, parce que c’est l’un des seuls boulots que tu peux faire en étant bourré, et t’en sortir quand même. Et puis la plupart des gens qui t’écoutent sont eux aussi bourrés et défoncés, et ils ne font pas gaffe aux erreurs que tu fais pendant ton set. J’en faisais pas mal, mais ce n’est jamais aussi flagrant que quand tu joues d’un instrument dans le même état.

6. Everything Is Wrong (1995)

Là, ça va devenir compliqué, parce qu’il ne reste plus que des albums que j’aime énormément. Pas facile de les classer alors que je les aime tous. Il y a des passages vraiment particuliers sur Everything Is Wrong, mais je ne l’aime pas autant que ceux que j’ai mis dans le top 5.

Dans ton livre, Porcelain, tu dis que c’est ton « véritable premier album ». C’est donc étonnant que tu le classes seulement sixième.
En fait, encore une fois, je l’apprécie comme une capsule temporelle. Je n’avais jamais vraiment fait d’album auparavant, et j’ai donc essayé d’y mettre tout ce que je pouvais : du punk rock, des ballades, de la musique classique et de la techno. J’ai tenté de faire rentrer tous ces genres de musique sur le disque, non pas pour être éclectique, mais simplement parce que j’adorais toutes ces musiques. Je pensais aussi que ce serait ma seule opportunité de faire un disque, alors j’en ai mis autant que j’ai pu.

Publicité

J’ai bien aimé le chapitre qui raconte l’écriture de « God Moving Over the Face of the Waters ». Cette chanson est superbe.
Merci beaucoup. D’ailleurs, parmi tout ce que j’ai écrit, c’est mon morceau préféré. On a rajouté ces chapitres qui parlent de l’écriture des chansons, sur proposition de mon éditeur, une fois le livre fini. Il m’a dit, très innocemment, « ça aurait été bien si tu avais parlé de ton processus d’écriture ». Je ne pensais vraiment pas que ça intéresserait les gens, mais il a su me convaincre. J’ai donc tenté de décrire ma façon de faire de la musique.

Est-ce que tu te souviens des réactions suite à l’essai que tu as écris dans le livret de Everything Is Wrong ?
La seule chose dont je me souviens, c’est d’avoir été ridiculisé sur MTV. Je n’avais jamais rien fait avec MTV aux États-Unis avant cette interview, et j’étais donc très content qu’ils me la proposent. Quand on a abordé le sujet de mon essai, je crois que je me suis emporté. Puis la caméra est revenue sur la présentatrice, qui s’est copieusement moquée de moi, trouvant que j’étais une sorte d’idéologue coincé et ringard.

5. Wait For Me (2009)

Là encore, c’est compliqué parce que je trouve que c’est un joli petit album. Il est cohérent, et il a ce côté résigné et triste, ce qui est plutôt une qualité pour moi. Mais je ne l’aime pas autant que d’autres albums. J’ai invité pas mal de chanteurs qui vivaient dans le quartier pour faire des featurings. Et c’est le premier disque que j’ai fait après être devenu sobre. À cette époque, j’avais l’impression que tous les producteurs de musique électronique du monde se démenaient pour collaborer avec d’énormes pop stars, et faire des albums très commerciaux, pompeux et prétentieux. J’ai voulu prendre le contrepied de cette tendance en faisant quelque chose qui sonnerait plutôt comme un disque calme enregistré dans mon salon avec des amis.

Ta sobriété commençait à faire effet ?
Je crois, oui. Ça fait longtemps que je n’ai pas réécouté ce disque, mais je le vois comme un refuge. J’habitais toujours dans le Lower East Side à New York, et il m’a fallu faire un gros effort pour me retirer de l’environnement dans lequel je m’étais plongé corps et âme auparavant.

Publicité

C’était comment, écrire de la musique quand on est sobre ? Est-ce que c’était plus difficile pour toi de rester en place et de te concentrer ?
Et bien j’avais beaucoup plus de temps libre, pour commencer. Quand je buvais et prenais plein de drogues, je sortais cinq nuits par semaine, cinq ou six heures d’affilée, et si tu fais le compte, ça représente presque 40 heures de sorties. Et tu rajoutes environ 80 heures de descente et de gueule de bois. Je récupérais donc 120 heures de temps libre par semaine. Je regardais beaucoup 30 Rock et The Daily Show, je prenais plein de photos et je passais plus de temps à faire de la musique.

4. Destroyed (2011)

Pour moi, c’est un disque un peu curieux, mais cohérent. C’était une tentative sincère de faire un concept album inspiré par la vie dans les chambres d’hôtel, ces environnements artificiels créés et aménagés par des inconnus. Cette tension étrange et paradoxale qu’on ressent quand on vit dans les aéroports et les hôtels est glauque, en un sens, mais en même temps très confortable et intéressante. Malheureusement, je souffre d’insomnie, et une grande partie de ce disque a été écrite à quatre heures du matin dans un hôtel quelque part au milieu d’une ville dans laquelle tout le monde dormait. Et moi j’étais la seule personne éveillée, n’arrivant pas à dormir, et travaillant plutôt sur ma musique, ou prenant des photos. J’aime bien voir Destroyed comme un disque égocentré, à la Lost In Translation.

J’aime bien le fait que tu considères cet album comme une manière de recycler ton insomnie.
Oui, c’est ça. Et aussi ce sentiment de mise à distance de soi, qu’on ressent quand on se retrouve tous les jours dans ces environnements étrangers, déroutants, anodins et artificiels. Mais il y a quand même une sorte de cohésion, à force de visiter ces endroits semblables. Un jour tu es en Biélorussie, le lendemain en Nouvelle-Zélande, puis à Los Angeles, à Toronto, et enfin à Londres. Tu fais des milliers de kilomètres mais tu te retrouves toujours assis dans le même fauteuil, dans la même pièce, dans la même voiture, que tu sois à Londres ou Sydney. C’est l’une des raisons pour lesquelles j’aime ce disque. Ça me rappelle tellement le côté à la fois rébarbatif et confortable de ces endroits.

3. Innocents (2013)

C’est le premier disque que j’ai fait à Los Angeles. Cette ville est une source d’inspiration vraiment bizarre, parce que c’est une non-ville. La plupart des villes fonctionnent de la même façon, partout dans le monde : elles ont un centre, un réseau de transports publics, et beaucoup de grands immeubles. Mais L.A. est un endroit bizarre, tentaculaire, déroutant, chaud, extraordinaire, dystopique. Je crois que Innocents reflète toute cette complexité. De mon point de vue, en tout cas, il y a un côté folk. D’ailleurs, la majorité de la musique qui vient de L.A. est très folk, regarde Joni Mitchell et Crosby Stills Nash & Young. Quand tu écoutes Ladies of the Canyon au volant de ta voiture, en montant vers le quartier de Laurel Canyon, avec le soleil haut dans le ciel, tout ça fait sens. La musique est profondément liée à cet environnement. Mais il y a, aussi, ce sentiment déroutant de dystopie de Hollywood Boulevard, avec tous ces gens déguisés en Spider-Man en train de fumer du crack derrière une pharmacie abandonnée. Cet album est donc un mélange de tous ces éléments, que j’ai trouvés à Los Angeles.

Qu’est-ce qui t’a décidé à faire appel pour la première fois à un producteur extérieur ?
J’ai tout simplement réalisé que j’avais atteint le milieu de mon existence, que je détestais les tournées, et que je ne voulais pas d’une carrière de musicien. Je voulais uniquement faire des disques sans me soucier de quoi que ce soit d’autre. Je me suis rendu compte que j’avais fait quasiment tous mes disques de la même façon, et j’ai pensé que ce serait intéressant d’essayer de faire autrement : en travaillant avec un producteur, et en conviant une petite bande de collaborateurs un bizarres, juste pour expérimenter. Je crois que j’en avais marre de moi-même et de mes habitudes de travail.

2. Play (1999)

Je me rappelle très bien quand l’album est sorti : il y a un paquet de journalistes qui ont tout bonnement refusé de l’écouter. J’ai récemment vu Pete Tong qui m’a confié que lorsqu’il a reçu un exemplaire de Play, il n’a même pas pris la peine d’enlever l’emballage plastique. Il partait du principe que ça ne pouvait être qu’un mauvais disque. Peut-être pas mauvais, mais assurément dispensable. Au Royaume-Uni, c’est avec des morceaux comme « Go » que j’avais eu mon heure de gloire au début des années 90. Mais au cours de la décennie, j’ai perdu beaucoup de crédibilité dans le milieu des musiques électroniques. Alors quand Play est sorti, en 1999, on m’a considéré comme un artiste un peu démodé et plutôt embarrassant.

Dans le livre, tu dis qu’à ce moment précis, tu croyais ta carrière finie. Est-ce que tu dirais que cet album t’a sauvé du naufrage ? S’il n’avait pas aussi bien marché, aurais-tu continué ?
J’aurais continué, oui, parce que je serais resté chez Mute, et pour une raison simple : Daniel Miller n’a jamais laissé tomber un seul artiste de son label. Il en a perdu, oui, mais il n’a jamais lui-même rompu le contrat d’un artiste. J’aurais donc continué à faire des disques de plus en plus bizarres, que Daniel aurait continué à sortir, parce qu’il y avait déjà eu des situations similaires dans le catalogue de Mute. Mais puisque je trouvais ça démesurément ambitieux d’envisager vendre plus de 50 000 exemplaires de Play, et qu’on en a vendu des millions au final, tout ce qui a suivi la sortie de ce disque a été très surprenant. À tel point que l’excitation folle qui a entouré la sortie de cet album a fini par éclipser la musique.

Publicité

Et même s’il ne s’était pas aussi bien vendu, je lui trouverais de vraies qualités. Par exemple, je suis très fier de la production. Pour un disque à ce point populaire, c’est vraiment très lo-fi. Il a été fait avec le plus pourri de tout le matériel bas de gamme. Mais ce que je préfère par-dessus tout, et ça peut sembler étrange, c’est qu’on dirait une émission de radio bizarre. À chaque chanson, c’est comme si tu étais branché sur une station de radio bizarre, et que tu découvrais après-coup qu’elle n’avait jamais existé. C’est pour cette cohérence étrange que je l’apprécie.

1. Animal Rights (1996)

Pourquoi est-ce que c’est ton préféré ?
Animal Rights est le disque dont je suis le plus fier et je lui voue un amour assez ambivalent. En réalité, c’est un album très difficile d’accès. De tous ceux dont on a discuté aujourd’hui, c’est le seul que je ré-écoute de temps en temps. J’y trouve un désespoir presque viscéral. Et la façon dont il oscille entre le speed metal et le punk rock les plus rapides et cinglés, et les morceaux instrumentaux les plus sensibles et mélancoliques… C’est pour ça que c’est le premier du classement. J’adore aussi le fait qu’il ait été à ce point dénigré, et que le projet entier soit un échec total.

En effet, la première phrase que tu écris dans le chapitre concernant ce disque, c’est : « Avant même sa sortie, cet album est un raté. »
Oui, et cet échec transforme la citation de Tolstoï en un compliment flatteur : « Le succès a de nombreux parents, mais l’échec est orphelin. » Mais je dois avouer qu’à l’époque, ce raté m’a beaucoup perturbé et m’a rendu très triste. Ma mère était en train de mourir d’un cancer, et j’avais régulièrement des attaques de panique. C’était un moment très, très difficile. Mais aujourd’hui, tous ces désagréments passés font que j’apprécie encore plus cet album.

Deux autres personnes, au moins, l’aiment aussi : Axl Rose et Trent Reznor.
Oui, il se peut que pour Trent, ce soit de la politesse, car c’est quelqu’un de très gentil. Mais Axl m’a vraiment confié qu’il l’écoutait en boucle lorsqu’il roulait dans L.A.

Tu n’as pas pensé à le sortir sous un pseudonyme à l’époque ?
Avec le recul, je crois qu’on aurait dû me suggérer de faire ça, oui. Même si je suis heureux que personne ne l’ait fait, si j’avais été mon propre manager ou le boss de mon label, je me serais sans doute dit : « Hey, et si tu faisais un album de punk rock violent et hyper bruitiste sous un autre nom ? Et puis sous ton propre nom, tu ferais quelque chose de plus mélodique, que les gens auraient envie d’écouter ? » Ça aurait été sans doute plus intelligent de faire comme ça, mais je suis très fier de cet album, notamment parce qu’on vit dans un monde où les gens sont de plus en plus prudents et réfléchis dans la gestion de leur carrière. Moi, mon disque préféré est celui qui n’était absolument pas prudent mais, au contraire, clairement stupide. J’adore la stupidité flagrante, quand les gens font des erreurs très grossières en public. Il y a quelque chose de très libérateur dans cette idée.

Cam Lindsay est sur Twitter

Pour plus de Vice, c’est par ici.