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Cet article a été publié il y a plus de 5 ans
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Les pandas sont fans de porno panda

Leur espèce s’éteindra s’ils ne font pas un effort au pieu.

par Patrick Hutchison
03 Mars 2014, 12:02pm


Un panda captivé par du porno panda.

Fin 2012, un jeune panda appelé Tao Tao a été relâché dans la réserve naturelle de Liziping, en Chine. Il est le premier panda de l'histoire à être né en captivité et à réussir sa réintroduction dans un milieu sauvage, et ce surtout grâce à des documentaires pleins d'érotisme qui lui ont appris à s'accoupler dans la nature.

10 000 kilomètres, 134 emails planifiant des interviews et une valise remplie de gadgets électroniques permettant de localiser les pandas m’ont mené au sud-ouest de la Chine, dans la province du Sichuan, pour m'entretenir avec le docteur Huang Yan, directrice nationale du tout récent programme de réintroduction des pandas géants, qui vise à relâcher dans la nature les pandas nés en captivité. Le matériel de géolocalisation que j'avais sur moi était censé me garantir une interview avec le docteur – le département des Eaux et Forêts chinois l’aurait, autrement, lourdement censuré. Le matériel – à savoir des GPS et des colliers émetteurs – m’avait été fourni par Suzanne Braden, la directrice de Pandas International, une association à but non lucratif basée au Colorado qui soutient les actions de préservation des pandas géants du monde entier.

Le WWF estime qu'il reste environ 1 600 pandas vivant dans la nature. Ne comptant, à quelques nuances près, aucun prédateur naturel, les pandas peuvent considérer les humains comme principaux responsables de leur extinction. Mais la faute peut également être rejetée sur les pandas eux-mêmes.Lorsque le programme de réintroduction a été mis en place, les médias l'ont très vite qualifié de « camp d'entraînement pour les pandas », comme si les pandas étaient des sortes d’ados en crise – à la différence près que les pandas sont nuls pour faire des bébés, tandis que les ados ne savent faire que ça.

La réintroduction est le résultat d'un travail de trente ans qui, jusqu'à maintenant, n'avait pas été couronné de succès. Trois décennies au cours desquelles 8 pandas n'ont pas eu un seul rapport sexuel concluant. Six d'entre eux ont dû être recapturés car ils avaient des problèmes de malnutrition, un autre a disparu – probablement mort –, et le dernier, Xiang Xiang, a lui aussi connu une fin tragique. En 2006, le panda âgé de 5 ans – ironiquement, son nom signifie « Chance » – a été relâché dans la nature. Moins d'un an plus tard, il était mort. Personne ne sait ce qui s'est passé, mais l’hypothèse la plus probable voudrait qu’il se soit fait attaquer par un animal avec lequel il se serait retrouvé en concurrence pendant la torride saison des amours. La perte de Xiang Xiang a inspiré la création du programme national de réintroduction.

Tao Tao est, à ce jour, le seul panda qui ait réussi avec succès sa réintroduction dans la nature en octobre 2012. En mai 2013, Suzanne Braden a confirmé qu'il était encore en vie.

Lorsque j'ai rencontré le Dr Huang dans la Réserve de pandas de Bifengxia, dans la province du Sichuan, il a commencé par me parler des problèmes relatifs à la reproduction des pandas : « Les pandas géants femelles sont en ovulation une fois par an, au printemps, et cette période ne dure que deux ou trois semaines. » Et pendant cette période, les pandas ne sont fertiles que 24 heures. Alors que toutes les femmes dans le monde poussent des soupirs d’envie en pensant au cycle de la femelle panda, chez ces derniers, ce minuscule créneau de reproduction est un cadeau empoisonné.

Il n'est donc pas très surprenant que nos amis pandas aient besoin d'un peu d’aide pour conclure, d’autant que les pandas en captivité ont un appétit sexuel moindre que leurs homologues sauvages. Inciter les pandas au coït était ainsi l’objectif premier du programme de réintroduction.

Des observations et des tests hormonaux minutieux peuvent évidemment permettre de déterminer le moment propice, mais l’instinct naturel des pandas, dans la nature, doit prendre le relais. Bref, hors de question pour eux de foirer leur chance annuelle de taper dans le mille.

Les chercheurs ont tenté tout un tas des méthodes pas très orthodoxes, comme des exercices physiques pour renforcer les capacités érectiles des pandas mâles, en plus de généraliser le porno chez les pandas. Ils ont même essayé de leur filer du Viagra. En gros, les scientifiques n’ont fait qu'utiliser sur les pandas les moyens technologiques et médicaux prévus à l'origine pour des humains.

Lorsqu'elle est utilisée, la pornographie n'a pas pour but d'ambiancer les pandas, mais plutôt, comme le précise le Dr Suzanne Braden, de « leur montrer comment procéder ». Les vidéos présentent des pandas en captivité en plein accouplement. Les experts expliquent que les pandas répondent à ce signal, notamment à la bande son : une sorte de grognement répétitif, exactement ce à quoi on peut s’attendre de la part de deux gros ours en peluche qui s'envoient en l'air. Ces films porno sont filmés sous plusieurs angles puis montés – pour l’instant, il n’existe pas de porno panda en HD, mais que le résultat est quand même mieux que celui que les pandas auraient pu obtenir en se débrouillant tout seuls.

Le Dr Huang et son équipe ont finalement réussi à faire en sorte qu'une femelle panda tombe enceinte, un véritable exploit. La mère a rapidement été envoyée de la réserve de pandas géants de Bifengxia jusqu'à la réserve naturelle de Wolong, le meilleur endroit pour suivre le programme de réintroduction. Le Dr Huang a précisé : « Les mères qui ont déjà vécu dans la nature ainsi que celle qui ont réussi à élever des petits sont les meilleurs éléments pour éduquer un nouvel animal sauvage. Si elles remplissent ces critères, les femelles enceintes sont placées dans un espace sauvage d'environ deux hectares et demi, protégé de l'extérieur, des pandas mâles en compétition et de tout autre prédateur par des grilles. »

Des dresseurs de pandas en costume portent Tao Tao

À sa naissance, Tao Tao vivait déjà dans un environnement semi-sauvage. Le Dr Huang m'a expliqué : « Avant, l'introduction était un des objectifs principaux du nouveau programme. » Le deuxième objectif porte sur l’interaction avec les humains, ou plutôt : l’absence d’interactions avec ceux-ci. Les contacts avec les humains sont en effet limités au strict minimum, et lorsque c'est nécessaire, les dresseurs portent des costumes de panda pour maintenir la peur naturelle de Tao Tao envers les autres animaux, les humains, ou autres. Six mois après sa naissance, son espace a été élargi à plus de 24 hectares. Les colliers émetteurs comme ceux que j'avais amenés servaient à garder un œil sur Tao Tao pendant qu'il explorait son territoire agrandi. Un monitoring constant était primordial, afin de s'assurer que Tao Tao ne se blesse pas et qu'il se déplace correctement dans les nouvelles zones pour chercher de la nourriture, une opération qu'il réussissait à merveille.

Après deux ans d'entraînement à la réintroduction, Tao Tao a été jugé apte à être introduit à la vie sauvage. Avec un peu d'hésitation, le jeune panda a quitté sa cage pour entrer dans la réserve de Liziping, le 11 octobre 2012. Plus d'un an après sa réintroduction, Tao Tao se porte toujours très bien. Il a survécu à la périlleuse saison des amours, aux chercheurs affirmant qu'il n'avait pas atteint une maturité suffisante. En tout cas, Tao Tao est provisoirement considéré par beaucoup de personnes comme le premier panda né en captivité à réussir une réintroduction dans la nature. Lorsque j'ai parlé au Dr Huang, il a évité d’affirmer une telle chose, car c'est au département des Eaux et Forêts de divulguer cette information – ce qu’il a fait quelques semaines plus tard.

Une femelle appelée Zhang Xiang a été relâchée le 6 novembre 2013 dans la même forêt que Tao Tao. Peut-être qu'un jour ils finiront par se rencontrer, regarderont un film porno sur les pandas, mangeront quelques bambous et sauveront leur espèce, un bébé panda après l’autre.