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Une interview avec Jim Mangan, l'homme derrière la cover du numéro photo

On a fait la connaissance de Jim Mangan quand il nous a envoyé une série de photos qui s'appelait « Snow Big Deal », dans laquelle on pouvait voir des hommes et des femmes nus et chevelus glisser sur des montagnes enneigées.
26.8.11

On a fait la connaissance de Jim Mangan quand il nous a envoyé une série de photos qui s'appelait « Snow Big Deal », dans laquelle on pouvait voir des hommes et des femmes nus et chevelus glisser sur des montagnes enneigées. On l'a publiée dans notre numéro Embargo de juillet 2010. Depuis, Jim a exposé ces photos dans pas mal de galeries et les a publiées dans un livre de photo qui a eu un franc succès auprès des gens qui aiment les filles nues.

On a été hyper impressionné que Jim ait pu convaincre quelques uns de ses amis à gambader des les montagnes, leurs parties génitales à l'air, mais on a surtout été très étonné en apprenant que c'était son premier vrai shooting. Donc c'est vraiment sans surprise qu'on l’a choisi pour la couverture du numéro photo de cette année. Dans « Colorés », on voit un groupe de gens, dans les magnifiques paysages de l’Utah, en train de participer à une cérémonie amérindienne de peinture corporelle, une véritable communion avec la Nature. C'est la seconde partie de la trilogie qu'il a débuté avec « Snow Big Deal », et l’intégralité du tryptique sera publiée à la fin de l'année. On laisse Jim vous en dire davantage.

VICE : Ce shooting est le deuxième volet d’une trilogie, dont la première partie était « Snow Big Deal ». Comment tu en es venu à faire « Colorés » ?

Jim Mangan : En fait, je travaillais dans le snowboard depuis quelques années et j'avais un peu fait le tour. J'en avais marre de mon boulot et de la montagne, donc un jour je me suis dit « OK, je vends ma maison et je quitte mon job, je vais faire ce que j'ai envie de faire depuis longtemps. » C'est à dire : de la photo. Et finalement j'ai décidé de tenter ma chance et de démissionner. J'ai pris toutes mes économies et je les ai investies dans ces projets. Le shooting « Snow Big Deal », c'était un moyen pour revenir au snowboard. C’était un peu une métaphore pour exprimer pourquoi je fais ce que j’aime. J'avais déjà le projet « Colorés » en tête quand j'ai shooté « Snow Big Deal », mais je ne savais pas encore comment l’articuler correctement, je n'étais pas prêt.

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C'est le lieu où tu as pris les photos qui a influencé ton choix, ou tu avais déjà en tête cette image de fête améridienne avec des gens à poil qui sautent dans l'eau ?

Non. Enfin il y a des Amérindiens, mais il ne s'agit pas d'une vraie cérémonie de peinture corporelle. C’est davantage un moyen d’exprimer l’abandon du consumérisme, de la vie urbaine - c'est une sorte de baptême. C’est une façon de mettre au défi la façon de penser des gens. Je veux dire, voir tous ces gens nus recouverts de peinture était plutôt choquant pour beaucoup de randonneurs. Ils avaient sans doute l'air d'extraterrestre pour eux parce qu'ils étaient hors norme, particulièrement pour les familles de Mormons qui passaient avec leurs enfants. C’est une façon de les provoquer, mais de façon non conflictuelle.

En gros, tout le monde s'est foutu à poil et les gens ont commencé à se peindre les uns les autres. Ensuite, comme vous le voyez sur les photos, les gens ont sauté dans l'eau et la peinture a commencé à s'en aller - là encore, c'est une parabole du baptème. Puis ils sont tous revenus à leur point de départ, mais avec une nouvelle vision sur la vie. C'est ça l'idée du projet, et de la trilogie. Le prochain projet sera une extension de ces deux shootings.

Qu'est-ce que tu peux me dire à propos du lieu où tu as pris les photos, le mont Uinta ?

J'ai passé beaucoup d'années là-bas, donc je connais très bien la région et la tribu des Ute dont les origines se trouvent tout en haut du mont Uinta. Je suis même entré en contact avec le leader spirituel, pour qu'il bénisse la journée. Pas forcément parce que c'est un Amérindien mais parce que sa tribu habite la région depuis des centaines d'années. C'était important qu'il bénisse la journée.

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Comment s'est passée la cérémonie ? Il y a eu des moments au cours desquels vous n'aviez pas le droit de prendre des photos ?

J'ai pu prendre des photos durant la majeure partie de la cérémonie. Cependant, d'autres moments étaient réservés exclusivement aux hommes, et là, on m'a faire comprendre qu'il était préférable que j'éteigne mon appareil ; le leader spirituel a dit que si je ne le faisais pas, il refuserait de s’exprimer. La cérémonie était particulièrement « puissante ». J’avais l’impression d’être béni, et je pense que peu de gens ont la chance de vivre une telle expérience. Le chef ne propose pas ce genre de cérémonies à tout le monde, donc on était très heureux qu’il soit assez à l’aise avec nous pour le faire. Je crois qu'il a senti l’esprit profondément positif qui émanait de notre groupe.

Parmi les personnes prises en arrière-plan, on peut présumer que la plupart sont des Mormons. Tu sais comment ils ont pris le fait d'être photographiés avec des gens nus recouverts de peinture ?

ll y a eu plein de réactions différentes. Je ne suis pas allé voir chaque famille pour leur demander « Hey les mecs, vous êtes Mormon? » Donc je ne peux pas vous dire comment les Mormons ont réagi par rapport à d'autres personnes, mais c’est assez facile de supposer que la majorité des randonneurs étaient Mormons. Il y avait aussi des couples hippies qui n'étaient sans doute pas Mormons, et ils ont réagit de façon hyper positive en nous voyant - la plupart voulaient même participer. Mais dans l'ensemble, je dirais que la majorité des réactions étaient plutôt négatives. En fait une fois le shooting terminé, on s'est tous rejoints dans un restau de la ville, Kamus. Tout le monde avait encore des traces de peinture, et un policier en train de déjeuner est venu nous voir pour nous dire « Vous êtes les mecs qui courraient nus dans les montagnes ? » Il nous a dit qu'il avait reçu un paquet de plaintes de la part de riverains qui avaient été vraiment choqués par le truc, et qu'il était en mesure de nous arrêter pour atteinte à la pudeur. On a tout simplement nié les fait - du coup, il n'a rien pu faire.

ROCCO CASTORO