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Culture

Le problème des scènes de moto dans les films

Je fais de la moto depuis que j’ai six ans. J’ai roulé sur pas mal de bécanes différentes, du scooter à la motocross en passant par la grosse routière.

par Adrian Parassol
05 Septembre 2012, 1:00pm

Je fais de la moto depuis que j’ai six ans. J’ai roulé sur pas mal de bécanes différentes, du scooter à la motocross en passant par la grosse routière. J'ai donc eu le temps de vérifier ceci : les gens – et plus particulièrement, mes amis – n'en ont rien à foutre de la moto. C'est sans doute parce que les motards ont une réputation à demie-fondée de gros connards barbus et fascistes. Ou du moins, c'est ce que disent d'eux les mecs de l'industrie du cinéma.



Pour être franc, je suis persuadé que le meilleur moyen de foirer un film est d’y intégrer une moto. C’est l’une des premières choses que l’on devrait apprendre aux étudiants de la FEMIS : pour faire perdre toute crédibilité à une fiction à vocation réelle, le moyen le plus simple est d’y faire figurer une bécane.

Le seul film mettant en scène un deux roues motorisé digne d’intérêt est La Grande Évasion ; je me rappelle m’être tapé deux heures de film pour un putain de saut de 90 centimètres et ne pas l’avoir regretté. Une raison à cela : Steve McQueen était passionné de moto. Aujourd'hui, ce temps est révolu. À ce point que tous les films qui ont mis en scène des motos m’ont franchement donné envie de ne plus jamais payer pour me faire chier dans une salle obscure où l'on n'a même plus le droit de manger du pop corn. Voici une sélection des pires.

BIKER BOYZ



Inutile de parler du scénario qui a dû être écrit par un autiste. Cependant, je tiens à contextualiser l’histoire par cette phrase maintes fois répétée durant les longues 110 minutes de cette merde : « Brûle la gomme, pas ton âme. »

Ce film est un genre de Fast and Furious de la moto, comme en témoigne la participation de Kid Rock. Le fait de mettre sur l’affiche deux motos et de placer l’histoire dans un contexte spatio-temporel contemporain devrait quand même sous entendre un minimum de réalisme. Dans quelle ville trouve-t-on le genre de « courses de rue » dont on parle dans le film ? Je veux bien que l’Amérique soit un pays barbare, mais je n’ai jamais entendu parler de rassemblements où les membres de gangs descendent de façon synchronisée de leur moto, où des bros blonds font la course sans casque au milieu de meufs renoi en complet latex et où tout le monde roule vite, mais personne n’a le visage déformée par l’air. Un dernier truc : il n’y a jamais eu de course où le gagnant remporte le casque du perdant. Ces mecs sont des motards, pas des putains de gladiateurs.

TORQUE, LA ROUTE S’ENFLAMME



Le pire film du monde. OK, tout le monde est déjà d'accord sur ça. Mais surtout, on touche là à l’un des plus gros problèmes des films de moto : les mecs qui les écrivent n'y connaissent strictement rien. L'intrigue peut se résumer à ça : pour retrouver le type qui a buté son ami, le héros doit prouver que la chaîne de transmission ayant servi à l’étrangler est bien celle du suspect. D'où la grande phrase du film : « Chaque chaîne est différente ».

En réalité, c’est aussi con que de chercher à retrouver quelqu'un avec l'empreinte de ses chaussures parce que toutes les chaussures sont différentes. Je me demande comment personne – au script, à la réalisation, en post-prod – n’a pu se rendre compte que l’histoire en entier était fondée sur une si grosse connerie.

Plus tard, on voit le héros faire un burn avec une moto à réaction. C’est-à-dire qu’il fait tourner sa roue arrière à l’arrêt alors que celle-ci n’est pas entraînée par le moteur. À un tel niveau, je pense que le film a été financé par une association humanitaire visant à réinsérer les scénaristes cocaïnomanes en voie de clochardisation. Et si c’est le cas, je veux bien pardonner les bruits de moteur qui changent d’un plan à l’autre et les sauts du toit d’un train avec des motos qui supportent déjà mal le fait de descendre trop brutalement un trottoir.

MISSION IMPOSSIBLE 2



Je passerai rapidement sur le fait que Tom Cruise est capable de faire un demi-tour en dérapant – ou sur la roue avant – tout en tirant avec la main ce qui devrait lui permettre de tenir l’embrayage pour ne pas caler et repartir comme si de rien n’était. Je comprends que la vie est plus simple si on utilise des pneus route sur la route et des pneus terre sur la terre, mais n’était-il pas possible de payer quelqu’un qui se rend compte que les pneus changent d’un plan à l’autre ?

CHARLIE ET SES DRÔLES DE DAMES



Je n’ai jamais vu le film en entier, mais j’avais entendu parler d’une scène de motocross potentiellement pas mal – toutes les vieilles stars de la discipline y participaient.
C'est vrai, c’était cool de revoir d’anciens pilotes ; mais qu’ils se fassent mettre une mine par des pétasses en collant m’a putain de déçu. Loin de moi l’idée de faire du sexisme, mais en réalité, sur un circuit de cross, la plus rapide des pilotes féminines est à 20 secondes minimum du premier masculin. Ah, et il est impossible de faire un saut assez long pour avoir le temps de faire un 360° par dessus une moto en tirant sur le concurrent qui vous précède, même quand vous êtes une agent secrète mandatée par un vieux pervers virtuel.

MATRIX : RELOADED



La scène ne m’a pas vraiment marqué la première fois parce que j’étais trop concentré à essayer de comprendre le tissu narratif du film – la réalité virtuelle, la mort virtuelle et l'impression de me faire super chier virtuellement. Toutefois, en la regardant à nouveau, j’ai réalisé que ce film était un tissu de mensonges.
Au début de la séquence, Morpheus réussit à découper une voiture conduite par deux rastas blancs à l'aide d'un sabre. Je trouve ça un petit peu limite, mais soit – je me concentre sur la moto. En revanche, le fait que le chinois ait sur lui une clé permettant de démarrer n’importe quelle moto est vraiment flippant. Putain, en plus de nous voler nos thunes, notre culture et notre boulot, ces mecs s’attaquent à nos bécanes ?! Heureusement que les effets spéciaux réalisés sur Windows Movie Maker m’ont rappelé que ce n’était qu’un film pour amateurs de Ford Ka. Puis quand vous aurez fini de lire ceci, essayez de tirer comme cette meuf sur un levier de frein – ouais, c’est impossible.

SALT



Pour indication : une moto pèse dans les 170 kilos. Si l'on rajoute les bons 80 kilos du pilote équipé, je vous laisse imaginer que propulsée – ne serait-ce qu’à 50 km/h – il y a de quoi passer les quatre prochains mois à l'hosto si jamais on se retrouve devant. Pourtant, on peut voir Angelina Jolie arrêter un motard à une main dans les bouchons. Je n’ai vu de ce film que la minute de cet extrait, mais ça me fait déjà chier de le télécharger.

EASY RIDER



Franchement, ce film était peut-être cool et réaliste à sa sortie, mais aujourd’hui il est aussi pertinent que genre, Into The Wild. N’importe quel reportage M6 sur les rassemblements de bikers dans le sud de la France au mois de Juillet (ils ne paient pas les péages !) a la même portée philosophique que ce film de baby-boomers. Les road trips dans le désert sont bons pour les étudiants branleurs qui ont besoin de liberté et de confiance en eux.

À croire que pour les réalisateurs, les jeux-vidéos sont un reflet réel de ce que représente le pilotage d’une moto et des lois de la physique auxquelles les motards doivent se soumettre. Je ne me permettrai pas de donner des conseils sur comment remplir des salles à des gens dont c’est le métier. Si certaines personnes sont assez crédules pour s’enfermer deux heures devant de telles conneries, c’est leur problème. Mais pour l’amour du ciel, avant de mettre un deux roues motorisé dans un film, intéressez-vous un minimum au sujet. Si vous ne le faites pas pour moi, faites-le pour tous ces mecs poilus à cheveux longs que vous aimeriez tellement être.