Quantcast
Avec le Français qui veut prouver l'existence des ovnis

Ancien pilote de chasse et commandant de bord français, Jean-Gabriel Greslé cherche à lever le voile sur l’existence des extraterrestres et des secrets qui les protègent.

« Je préfère vous prévenir, je suis sur écoute. » Lors de nos précédents entretiens téléphoniques, Jean-Gabriel Greslé a tenu à me mettre en garde à plusieurs reprises. Il faut dire que l'homme œuvre sur un sujet délicat. Les documents qui constituent son enquête sont presque tous tamponnés de la mention Top secret. Ils datent pour la plupart des années 1940-1960 et proviennent d'archives américaines, qui depuis la loi Freedom of Information and Protection of Privacy Act signée en 1966 par l'ancien président Lyndon B. Johnson, obligent les agences fédérales à transmettre leurs documents à quiconque en fait la demande – et ce, quelle que soit sa nationalité. C'est donc à l'aide d'un simple courrier postal envoyé au FBI que Greslé a reçu deux mois plus tard près de 1 600 pages de documents déclassifiés, dont certains, signés de la main du président américain Roosevelt, parlent de « savoir-faire non terrestre ».

Quelques semaines plus tard, je me retrouvais assis dans la maison de Greslé pour discuter avec lui de ses recherches. Poignée de main ferme et regard déterminé, cet octogénaire a un parcours que l'on pourrait difficilement qualifier de quelconque. Ancien pilote de chasse dans l'armée de l'air française formé par l'US Air Force dans les années 1950, puis commandant de bord chez Air France pendant plus de 20 ans, Greslé aura passé plus de temps dans le ciel que sur terre. « Une carrière tout à fait classique », résume-t-il humblement.

Ce qui l'est moins, c'est ce qu'il verra et entendra au cours de ces années, comme lors de cette soirée du 19 juillet 1952. Le jeune pilote en formation en Caroline du Sud, âgé alors de seulement 20 ans, entend l'émission de musique classique qu'il écoutait à la radio avec ses camarades se couper brutalement : « Mesdames et Messieurs, nous interrompons les émissions sur la totalité du territoire Américain parce qu'il se passe des choses très graves. Des engins inconnus survolent le Pentagone et la Maison Blanche », me raconte-t-il en mimant la voix inquiétante de l'annonce. « C'était la première fois que j'entendais ça ! Au bout de 30 minutes, tout est revenu à la normale, comme s'il ne s'était rien passé. » Mais le lundi suivant, les jeunes cadets de la base aérienne – dont Greslé – n'ont pu se retenir de poser des questions à leurs instructeurs. « Ils ont confirmé qu'il y avait bien eu des engins inconnus au-dessus des deux seules zones interdites à tous les pilotes », m'explique-t-il. « À partir de là, j'ai su qu'il y avait quelque chose à creuser. »

Jean-Gabriel Greslé, lors de note entrevue.

Jean-Gabriel Greslé, lors de notre entretien.

En 1966, alors devenu commandant de bord sur Air France après avoir quitté l'armée, il aperçoit des objets non-identifiés depuis son cockpit de Boeing : « Alors que nous volions tranquillement au-dessus d'une mer de nuages, au sud-ouest de Buenos Aires, nous avons été dépassés par un engin qui allait à environ 5 000 km/h. Il laissait une sorte de traînée lumineuse derrière lui. Il s'est arrêté, avant de repartir dans la direction opposée » – la vitesse lui a été confirmée par le radar de la tour de contrôle la plus proche. Une situation similaire s'est produite au-dessus de Détroit, lors d'un vol Los Angeles-Montréal. « L'arrêt sur place d'une masse réactive, qui repart ensuite à 5 000 km/h repose sur une technologie qu'on ne connaît pas. Même un planeur utilise la réaction ! », étoffe-t-il après avoir constaté mon ignorance en matière de physique.

Mais Greslé n'a pas attendu toutes ces observations pour entamer son enquête. Grâce à son statut de jeune pilote de chasse de l'US Air Force, il a pu consulter tous les documents américains classés Top Secret disponibles à la bibliothèque de la base aérienne de Caroline du Sud dans laquelle il était affecté : « Je me suis consacré pleinement à ces recherches durant ma retraite, mais déjà à l'époque, j'avais pu constater l'intérêt des États-Unis pour le sujet », affirme-t-il. Il a donc commencé à éplucher de nombreux documents, comme des rapports et des relevés radars à même d'apporter quelques éléments de réponse sur ce qu'il a eu l'occasion de voir – une mission qu'il poursuit toujours aujourd'hui, à l'aide des milliers de documents déclassifiés qu'il a en sa possession.

Lors de notre rencontre, j'ai pu observer la masse de documents dont dispose Greslé, qu'il avait préalablement étalés sur la grande table en bois de son salon. Je pourrais probablement écrire un article sur chacun d'eux. J'ai par exemple vu des documents remontant à la présidence de Roosevelt, d'Eisenhower ou encore de Truman, des documents militaires français et américain faisant état de récupération « d'objets inconnus » ou de « corps non humains » – documents que l'auteur présente en grande partie dans son dernier livre, 1942-1954, la genèse d'un secret d'État (« Très bien classé sur Amazon », selon ses dires).

Si certains documents techniques et scientifiques ne sont pas à la portée de tous, d'autres semblent plus parlants pour le commun des mortels. L'un d'eux, datant du 5 mars 1942, rédigé par le général Marshall (Chef d'État-Major des États-Unis de l'époque) à destination du président Roosevelt – et où figure la mention Top Secret – évoque la récupération d'un OVNI au large de la Californie : « Le renseignement a informé le département de la Guerre d'une récupération navale d'un avion non identifié […], tellement différent qu'il n'autorisait pas une explication conventionnelle. […] Ces mystérieux aéronefs ne sont pas en réalité d'origine terrestre, et suivant des sources secrètes de renseignement, seraient selon toute probabilité d'origine interplanétaire ». Dans un second document datant du 22 février 1944, portant cette fois la mention Double Top Secret et signé de la main du président Franklin Roosevelt, on peut lire : « Il viendra un temps, quand la guerre sera gagnée, où des fonds supplémentaires pourront être disponibles pour poursuivre un programme destiné à comprendre la science non terrestre et sa technologie ». Après un bref instant, Greslé me regarde avec insistance et dit : « C'est ici que le secret est né. »

« La masse d'informations et de données qui tendent à crédibiliser une présence externe est énorme.  »

Aussi troublant que cela puisse paraître, ces documents ont bien été envoyés par le FBI dans le cadre d'une déclassification, comme en témoigne le courrier adressé à Greslé que j'ai pu consulter. Comme les signataires présumés des documents ne sont plus de ce monde, il est impossible d'avoir une preuve absolue de la véracité des informations qui y sont décrites – quand bien même le document serait effectivement authentique. Au yeux de mon interlocuteur, il n'y aurait plus de doute quant au phénomène : « La conclusion de tout ça, elle est accablante. La masse d'informations et de données qui tendent à crédibiliser une présence externe est énorme. »

Au milieu de ces milliers de pages se trouve un autre document plutôt intriguant. Il me présente le Manuel d'instruction destiné aux équipes de récupération. Ce document américain de plusieurs pages daté d'avril 1954 est apposé des mentions Top Secret et MAJIC Eyes Only. « Son authenticité est difficile à établir, car il a été trouvé sur internet il y a longtemps » m'explique-t-il. Le seul point qui rassure Greslé, ce sont  les mains encore présentes sur les photocopies – qui laisseraient penser à une copie illicite « faite un peu à la hâte, vous voyez ». Le tampon MAJIC Eyes Only serait aussi un indicateur selon lui – celui-ci fait référence à l'organisation Majestic-12 établit le 24 septembre 1947, dont la mission aurait été de lancer des recherches top secrètes dont seul un groupe restreint et le président avaient connaissance.

Ce manuel aurait pour but de « préparer les membres du Majestic 12 aux opérations futures concernant les ovnis, les entités extraterrestres et leur technologie ». Si ce document est difficile à étudier du fait de sa provenance incertaine, il faut savoir que le manuel des pompiers de New York comporte une partie sur ce qu'ils doivent faire en cas de crash d'ovnis. « C'est la même chose pour les pompiers en France, ils ont une procédure », ajoute Greslé.

Bien évidemment, on peut se demander si ces documents ne sont pas tout simplement des faux faisant partie d'une désinformation à grande échelle visant à décrédibiliser tous les enquêteurs, ufologues et scientifiques qui s'intéresseraient au phénomène. Mais c'est un coup à devenir pire que complotiste. On peut aussi penser à une vaste plaisanterie, comme cette émission présentée par Orson Welles en 1938, dans laquelle le présentateur avait affirmé en direct que des extraterrestres étaient en train d'envahir le pays, ce qui pour certains aurait causé de nombreux suicides dans tout le pays. Mais aux yeux de Greslé, la question de l'authenticité de ces documents ne se pose pas, puisqu'ils proviennent d'agences fédérales contraintes par la Freedom of Information and Protection of Privacy Act. « Vous savez, les documents faux ont une raison d'être, comme affirmer le contraire que ce que disent les autres », m'explique-t-il. « La plupart des faux tournent autour de Roswell. »

« Quand on lit tout ça, on se rend compte que Roswell a eu peu d'importance. Ils avaient déjà récupéré deux engins avant. Ils savaient donc à qui ils avaient affaire », poursuit l'ancien pilote. L'auteur a consacré presque tout un ouvrage à cette affaire. « Le plus drôle, c'est qu'à l'époque de ma formation à l'US Air Force, nous faisions nos heures de vol à Roswell », me dit-il, dans le but de me « prouver » à quel point cette affaire aurait été parfaitement étouffée.

« Si nos visiteurs voulaient qu'on soit au courant de leur présence, ils pourraient le faire très facilement. »

Si la plupart de ces documents concernent les États-Unis, Greslé n'oublie pas la France pour autant. Mais le travail y est plus compliqué, me confie-t-il : « Il se trouve que les lois de notre pays sont beaucoup plus restrictives que les lois américaines en ce qui concerne la divulgation d'informations sensibles. » Pourtant, d'autres ont assuré que nos services secrets s'intéressent eux aussi au phénomène.

George Langelaan, ancien espion des services secrets Français pendant la Seconde Guerre mondiale, s'épanchait sur le sujet lors d'une conférence en 1966 : « Alors que pour les savants et le monde scientifique, on n'y croit pas, dans certains services on est persuadé de deux choses : les soucoupes existent, et elles ne sont pas d'origine terrestre. […] Aujourd'hui, les services s'intéressent à l'anti-gravité, et les Français sont les plus avancés. » Quand je lis cette citation à mon interlocuteur, il s'arrête net et prend un air sérieux : « Je ne confirme rien, mais le bruit court qu'il y aurait effectivement des contacts entre nos visiteurs et ces services ». Mais aucun document ne peut cette fois appuyer son hypothèse. Il m'explique simplement qu'au sein de Direction Générale de l'Armement existe la Direction des applications militaires du commissariat de l'énergie atomique, qui serait selon lui l'organisme le plus secret de France. « Ce service est éclaté en six lieux qui n'existent pas officiellement, mais qui sont surveillés 24 heures sur 24 par la gendarmerie », ajoute-t-il.

Il me montre finalement un document français transmis aux États-Unis, faisant état de survol d'objets inconnus au-dessus de la Scandinavie. Il y a aussi le rapport de Valensole, un petit village du sud de la France où un homme se serait retrouvé face à un OVNI dans son jardin, et dont deux « êtres » seraient sortis. Le CNES avait enquêté et montré que des marques d'atterrissage étaient bien présentes. Le sol était devenu entièrement stérile. Finalement, le CNES a classé l'affaire comme « sans explications ». Une chose semble être certaine pour Greslé : si nos visiteurs voulaient que l'on soit au courant de leur présence, ils pourraient nous avertir très facilement. « S'ils ne le font pas, c'est qu'il y a sans doute une raison. »

Quand je demande à Greslé si un document a retenu son attention en particulier, il hésite longuement. Il finit par me montrer un rapport daté de 1947, signé par l'ancien président Truman et Vannevar Bush (ingénieur et directeur du Research and Development Board), dans lequel est décrite une récupération de corps « non humain » lors d'un crash d'OVNI près de Socorro, au Nouveau-Mexique. « Mais le plus important n'est pas la récupération, car ce n'était pas nouveau à cette époque », me dit-il en feuilletant les pages. Ce rapport se termine par des considérations politiques du phénomène selon l'administration américaine. « Accrochez votre ceinture », me prévient-il avant d'en entamer la lecture : « Si l'administration rendait aujourd'hui publiques les informations contenues dans ce rapport, le résultat serait dommageable et peut-être fatal à la structure politique du monde telle qu'elle existe actuellement. » Il saute un passage caviardé et poursuit : « Dans le contexte politique actuel, l'histoire et la religion auraient à souffrir des plus graves dommages, causant des soulèvements sociaux sans précédent et une profonde atteinte au bien-être psychologique. »

Greslé n'est pas le seul à mener ce combat. Paul Hellyer, ancien ministre de la défense et Premier ministre Canadien, avait affirmé lors d'une commission publique que les ovnis existaient et que plusieurs races extraterrestres étaient en contact avec le gouvernement américain. « C'est un homme très courageux » me confie Greslé. Dans son livre The Money Mafia : A World in Crisis, paru en 2014, Hellyer développe sa théorie selon laquelle des extraterrestres seraient présents dans notre société sans que nous puissions nous en rendre compte. Il confirmait cela dans une interview réalisée par nos confrères de Motherboard. Une théorie que partage Greslé, qui estime que nous pourrions même les « détecter ». Alors que de mon côté je trouve cela relativement effrayant, Greslé m'interrompt : « Et pourquoi ? Je trouve l'humanité nettement plus effrayante. Nous ne pensons qu'à nous faire la guerre et à détruire notre environnement. Ces visiteurs n'ont jamais rien fait de tel envers nous. »

En effet, les seules interventions physiques de ces éventuels visiteurs – en mettant de côté le phénomène des abductions, qui constitue encore une autre histoire – auraient été de désactiver les missiles nucléaires des bases de l'armée. « Ils semblent chercher quelque chose. » Des documents du FBI rapportent qu'en l'espace de six mois, en 1947, tous les sites atomiques américains où la bombe a été conçue, fabriquée, stockée sont survolés par des ovnis. Ces zones totalisent la plupart des observations d'ovnis, qui sont compilées dans 239 rapports. Le fait que ces installations soient survolées indiquerait aux États-Unis que « tous leurs secrets atomiques sont connus » et ferait office de dissuasion, toujours selon Greslé.

Alors que la lumière du jour se fait de moins en moins présente dans le grand salon de l'ancien commandant de bord, il m'explique, accoudé à une bibliothèque : « Vous savez, peu de personnes savent ce que vous avez vu aujourd'hui. Et ce n'est que le sommet de l'iceberg. » Il est certain que la presse traditionnelle a toujours préféré se moquer des ovnis plutôt que d'en parler sérieusement avec ceux qui s'y intéressent. Et même s'il est naturel de prendre de la distance avec ces informations qu'il est difficile – voire carrément impossible – de vérifier, je suis sorti de la maison de Greslé tel Fox Mulder dans X-Files : prêt à croire, mais conscient d'une possible désillusion.

Suivez Paul sur Twitter.