Les bureaux du NPD (Nationaldemokratische Partei Deutschlands) sont situés à Köpenick, un quartier de Berlin-Est, mais surprise, vous ne pouvez pas les voir apparaître sur Google Maps. Pour des raisons de sécurité, ils ont été obligés de les retirer de la géolocalisation. L’immeuble est une construction typique de l’après-guerre, sauf pour la porte en verre, les fenêtres blindées et la minuscule caméra de surveillance, qui venait d’être arrachée au moment où je suis arrivé.
En réalité, le NPD a quelques partisans mais beaucoup, beaucoup plus de détracteurs.
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Les élections fédérales se tiendront dans un peu plus de deux semaines, du coup les membres du parti ont autant de travail qu’un dealer de weed la veille d’un weekend de trois jours. J’ai rencontré Steffan Lux, le porte-parole du NPD. Il a un petit faible pour la géographie anglaise, s’est fait cassé la gueule environ huit fois, et il est si libéral qu’il pourrait baiser avec un Turc.
C’est déprimant d’être irlandais à l’étranger. Les gens sont convaincus que vous êtes anglais. Après m’avoir salué, Steffan a d’abord tenu à me raconter son voyage en Angleterre.
Steffan Lux : Vous savez, je n’ai rien contre la nourriture anglaise. Mais la qualité dépend entièrement du cuisinier. Si c’est Jamie Oliver derrière les fourneaux, alors il peut préparer n’importe quoi.
VICE : Vous pensez que des émeutes similaires à celles qui sont arrivées à Londres pourraient se produire à Berlin ?
Quand j’étais en voyage avec l’université à Londres dans les années 1980, le responsable de notre groupe nous avait interdit d’aller au sud de la Tamise, prétextant que c’était « trop dangereux ». Un étudiant étranger avait été tué à Brixton. Le système britannique, avec ses « classes sociales », scandalise les Allemands. Karl Marx a détruit ce concept pour nous. Ces émeutes ne pourraient pas se produire ici. Nous avons une classe populaire. On a des problèmes avec les Turcs, les Arabes et les Kurdes, mais ils reçoivent de l’argent de l’état, du coup ils ne manifestent pas. Mais en raison de ces importantes sommes allouées, vous ne verrez aucune manifestation de mécontentement dans les rues.
Les Turcs et les Arabes dont vous parlez sont issus de la seconde et de la troisième génération d’immigrés, ils sont Allemands et par conséquent ont le droit de recevoir l’argent du gouvernement comme n’importe quel autre Allemand. Les Kurdes qui arrivent sont généralement des demandeurs d’asile, et en tant que signataire de la Convention de Genève, vous devez respecter vos engagements et prendre soin d’eux, non ?
Oui, mais ces gens abusent du système et c’est pour ça qu’ils ne se sentent pas oppressés comme à Londres. À Londres, la police bat les gens pauvres, mais en Allemagne, on leur donne de l’argent. Beaucoup d’immigrés sont des criminels, font partie d’un gang, mais la police allemande n’agira jamais comme la police anglaise. Ils sont si violents.
Je connais beaucoup de berlinois blancs qui profitent également du système. Et votre parti est connu pour sa comptabilité douteuse.
On ne peut pas contrôler ce que les médias disent de nous.
Quel est le meilleur résultat que vous puissiez obtenir pour ces élections ?
Plus de 6%. On fera sûrement autour de 4% mais 6%, c’est notre véritable but.
Selon vous, quel est votre point fort ?
Notre devise, c’est de rapporter ce que les citoyens nous disent. Les antifascistes ne sont pas d’accord avec nous, soit, mais on est un parti politique, nous ne sommes pas hors-la-loi. Ils doivent nous écouter, un point c’est tout.
C’est dangereux d’assumer le fait d’être un membre du NPD ?
On m’a attaqué plusieurs fois. Mais en réalité, c’était bien pire dans les années 1980. Chaque fois que nous organisions une conférence, les ligues antifascistes venaient pour nous tabasser. Je me souviens d’une fois où nous étions en minorité numérique, 30 contre 800. Mais tous les membres du NPD savent très bien se battre.
Attendez, les gens joignent le NPD pour se foutre sur la gueule ?
C’était beaucoup plus le cas dans le passé. Aujourd’hui en revanche, pas du tout. J’étais un hooligan quand j’étais plus jeune. C’est là que j’ai appris à me battre.
Vous êtes nazi ?
Non, voyons.
Mais beaucoup de partisans néo-nazis soutiennent le NPD, non ?
Peut-être que certains nous soutiennent, mais ils ne votent pas pour nous.
Qui sont les gens qui rejoignent le NPD aujourd’hui ?
La majorité de nos membres sont pauvres. Dans les années 1980, nos membres étaient principalement de vieilles personnes, qui avaient été nazis durant la seconde Guerre Mondiale. Mais aujourd’hui, beaucoup de jeunes s’inscrivent au parti. Des gosses, des ados qui ont eu des problèmes avec des immigrés dans leurs écoles.
Une rumeur circule selon laquelle, certains rejoindraient le parti parce que vous leur offrez de l’alcool.
Non, la seule chose qu’on leur offre, c’est la sécurité dans leurs écoles. Le multiculturalisme place les Allemands les plus pauvres dans des situations difficiles, en bas de chez eux où à l’école, et c’est ici qu’ils viennent chercher du soutien. Dans ce genre de situation, nous avons déjà attaqué les leaders de gangs dans les écoles.
Comment ça, « attaqués » ?
Des membres du parti l’ont fait, oui. Et ils ont été envoyés en prison.
Vous faîtes références à la Shoah sur vos dernières affiches de campagne. Vous êtes sérieux ?
C’est de la provocation pure. On est un petit parti avec peu de pouvoir, et c’est notre seul moyen de se faire remarquer.
OK mais, comment un parti nationaliste allemand peut faire des blagues sur ce genre de trucs ?
Eh bien, « Gas geben », ça veut dire « mettre les gaz », passer à la vitesse supérieure. C’est ce qu’on a voulu dire. Vous y voyez une référence à l’Holocauste ?
Mmh. Vous n’avez pas peur d’aller en prison ?
J’y suis déjà allé. J’ai passé 15 jours dans une prison en France après m’être battu lors d’un match de foot.
Ça vous poserait problème de sortir avec une personne turque ?
Non, absolument aucun.
Et avec une personne d’origine arabe ?
Je ne sais pas.
Qu’est-ce que vous avez contre eux ?
Leur vision de l’humanité et la façon dont ils se traitent entre eux. Ça me rend malade.
Dans votre campagne, vous criez : « la coupe est pleine ». Quelle est la solution, alors ?
Couper les aides financières. Du coup, les Kurdes, les Arabes et tous les groupes socio-culturels qui posent problème seront obligés de s’en aller. Les autres étrangers qualifiés ne me posent aucun problème. Même durant le Troisième Reich, on comptait entre 2 et 3% d’étrangers en Allemagne.
Aussi, les irlandais ne posent pas de problème. Vous pouvez rester autant que vous le voulez.
TEXTE ET PHOTO : CONOR CREIGHTON
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