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Le premier clitoris open-source et imprimable en 3D est français

Les adolescents de notre cher pays se voient enfin offrir la possibilité de manipuler des clitoris géants en cours de SVT.
Paul Douard
Paris, FR
17 août 2016, 10:45am

Les cours d'éducation sexuelle constituent un moment à part dans la vie des jeunes adolescents prépubères. Depuis 2001, trois séances annuelles sont obligatoires entre le primaire et le lycée. Je me souviens encore de cette sensation de dégoût quand, à 14 ans, j'ai entendu mon professeur de SVT – dont l'âge avoisinait la soixantaine – prononcer le mot « pénis ». Cette gêne ultime traduit bien le malaise encore persistant qu'a notre éducation à l'égard du sexe. Il faut dire qu'encore aujourd'hui, un cours d'éducation sexuelle au collège se résume à fixer des diapositives usées de coupes anatomiques de vagin et de pénis, commentés par un adulte de 65 ans pour des jeunes de 14 ans.

Il est grand temps de revoir nos manuels scolaires – c'est un peu la mission que s'est fixée Odile Fillod, chercheuse indépendante qui a eu l'idée de créer un modèle de clitoris 3D imprimable à taille réelle. L'objet est en ce moment exposé au Fab Lab de la Cité des Sciences et de l'Industrie de Paris. Le but n'est pas d'en faire une œuvre contemporaine entreposée entre un Shia Lebeouf nu et un seau rempli de merde dans une galerie d'art du Marais, mais plutôt de le distribuer dans les cours de SVT des collégiens et lycéens de France afin de parfaire l'éducation sexuelle des futurs adultes ce pays. Quand je l'ai contactée, Odile Fillod m'a expliqué qu'elle espérait « que la possibilité d'imprimer un clitoris en 3D aidera les enseignants et éducateurs soucieux d'en parler aux élèves. »

Comme le détaille Doctissimo, l'éducation sexuelle française débute dès le primaire avec les aspects généraux de la reproduction et de la procréation. Au collège, on entre un peu plus violemment dans le détail avec la découverte des MST, des transformations liées à la puberté ainsi que le rôle des organes sexuels. Au lycée, il s'agit plutôt d'un cours assez large sur la contraception. En fait, l'éducation sexuelle des jeunes Français à l'école repose essentiellement sur une forme de prévention et de listing technique de ce que nous possédons. Il n'est jamais question d'aborder le sujet du plaisir, surtout chez les filles. Les manuels scolaires ignorent surtout très souvent le clitoris, ou bien ne savent absolument pas le représenter. « On croit généralement qu'il s'agit d'une sorte de petit haricot d'1 ou 2 cm de long, et c'est ce qui est montré dans les schémas », poursuit Fillod. Elle ajoute : « le niveau de l'éducation sexuelle en France n'a fait l'objet d'aucune évaluation en bonne et due forme, mais quelques enquêtes ponctuelles suggèrent qu'il est très bas ». En effet, le Haut Conseil à l'Égalité – qui supervise tant bien que mal l'égalité des sexes en France – a publié en juin dernier un rapport assez dramatique sur l'état de la sexualité en France, qu'il juge comme particulièrement sexiste. Rien de nouveau jusque-là, mais il y a bien un sexisme qui débute dès l'enfance.

Aujourd'hui, l'éducation présente toujours le vagin comme l'équivalent du pénis masculin, alors qu'ils ne sont en aucun cas similaires. Le clitoris a la même origine embryologique que le pénis, fonctionne exactement de la même manière (sa congestion constitue la composante principale de l'excitation sexuelle) et joue le même rôle dans le plaisir sexuel. De base, l'éducation sexuelle ne semble pas mettre la femme et l'homme sur un pied d'égalité, comme me l'explique Fillod : « Les représentations de la sexualité restent ultra-majoritairement centrées sur le sexe masculin. Les pratiques qui ne mobilisent pas un pénis en érection ne sont pas vues comme de la "vraie" sexualité. En conditions naturelles, l'érection et l'éjaculation sont nécessaires pour assurer la fécondation, ce qui invite à s'intéresser aux mécanismes de l'excitation et l'orgasme masculin. A contrario, qu'une femme soit excitée ou non et qu'elle ait un orgasme ou non ne joue aucun rôle dans la fécondation, donc on peut l'ignorer royalement. Le clitoris est sans doute aussi occulté, plus simplement, parce qu'il est presque entièrement caché. »

Sauf que pour le sexologue Jacques Weynberg de l'Institut de Sexologie de Paris, le problème n'est pas là. « C'est un problème politique ! L'éducation sexuelle est dans les textes simplement pour qu'il n'y ait pas que le religieux qui en parle. Ce sont les pionniers. » L'éducation sexuelle ne serait donc qu'un écran de fumée, simplement présente pour contrecarrer la place de la religion et permettre à l'État de ne plus avoir à se justifier. Il ajoute : « L'éducation sexuelle ne traite que du moral et de la santé, le plaisir ne l'intéresse pas. Et ça n'est pas près de changer. Qui voudra en parler à des enfants de 13 ans ? »

Dans ces conditions, logique que les pro-clitoris soient assez actifs en ce moment. À Nice, Les Infemmes ont récemment créé un fanzine appelé L'antisèche du clito. On y trouve des dessins plutôt cools de « Dracula Clitoris », de « Punk Clitoris » et même des « Clito chants de Noël ». Alors d'ici que tous les cours de SVT soient remplis de clitoris en plastique à manipuler soigneusement, ça reste un moyen comme un autre d'en savoir un peu plus sur l'anatomie de 50 % des habitants de cette planète. Sinon, vous pouvez imprimer en 3D clitoris parfait ici.

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