L’hiver vous rend dépressif et geignard? Attendez un peu avant de vous plaindre. Vous pourriez être comme ce type qui passe sa vie sur Second Life – faute d’en avoir une – et qui en plus, se prend pour une prostituée carriériste. Vous voyez, ça pourrait être pire…
Salut débile! Comment tu t’appelles?
Je ne peux pas te le dire, je me ferai virer. Mais je peux juste te dire que j’ai 40 ans et que je travaille dans l’édition.
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Est-ce que tu es homo ou hétéro?
Je suis 100% hétérosexuel. Je n’ai pas de perversions particulières. Je suis un mec vraiment normal.
Un mec normal qui a choisi d’être une prostituée sur Second Life…
La première fois que j’ai entendu parler de Second Life, j’ai été attiré par l’idée d’une économie virtuelle – le fait que vous et moi pouvions gagner de l’argent virtuel et le changer en argent réel-. Donc, j’ai réfléchi aux différents moyens de me faire du fric et la prostitution a été la meilleure idée que j’ai eu.
Bon, mais combien d’argent est-ce que tu gagnes?
Ça tourne autour de 100 euros par mois.
C’est pas si mal, dis donc. Quel est le nom de ton avatar?
Cicuta. Ça veut dire poison en italien. Je suis diplômé en philosophie et initialement je voulais m’appeler Socrate, mais c’était déjà pris. Et puis, en plus c’est un nom de mec.
Comment est-ce que tu as débuté ta carrière virtuelle de suceuse de bites?
J’ai commencé dans une boîte de nuit. j’ai passé un casting, exactement comme dans le monde réel. Ils m’ont bien aimé, donc ils m’ont embauché. J’avais l’habitude de traîner autour de la boîte en attendant les clients, mais c’était pas très marrant. C’était une boîte allemande, et les patrons ne parlaient presque pas anglais. Je ne gagnais pas beaucoup d’argent. Et puis j’ai rencontré cet italien un peu cinglé qui est devenu mon premier client régulier. Il me donnait 500 Lindens juste pour un petit coup en position missionaire. Il était super. J’ai quitté la boîte et il est devenu mon sugar daddy pendant quelques temps.
Et depuis vous tapinez dans les rues toute seule?
Oui. C’est bien plus facile, et beaucoup plus lucratif. Je n’ai pas à reverser de l’argent à un mac. Je peux tout garder pour moi. Au bout d’un moment, j’ai rencontré une nana à Sexy Beach (l’endroit le plus peuplé de Second Life). Nous avons commencé une liaison homosexuelle. Au fond, c’était peut-être une relation hétérosexuelle, puisque je suis quand même un homme. Mais peut-être qu’elle aussi était un homme, après tout. Je ne sais pas. C’est bizarre. En tout cas, ma maîtresse était branché S&M, et elle m’a offert plein de jouets et de gadgets pour mon boulot. Elle m’a aussi donné des ballerines à talons-aiguille, qui sont devenues mes chaussures préférées. Quand je marche, je tord tellement le cul que ça peut te faire pisser le sang du nez.
Comment est-ce que tu baises sur internet? Quelles sont les options? Est-ce que tu dois appuyer sur les flèches du haut et du bas afin de coordonner ton rythme avec celui du de tes lèvres sur la queue virtuelle du client?
Non. C’est beaucoup moins excitant que ce que tu peux imaginer. Dans Second Life, il existe des petits trucs appelés poseballs. Normalement tu peux en trouver par groupe de 2 ou 3. Quand tu cliques dessus, ton avatar se met à s’animer tout seul et à jouer des actions précises. Il y a un poseball pour les pipes, un autre pour la levrette, etc… Mais ce qui compte le plus, c’est ton look, et ton imagination. Tu dois pouvoir taper les trucs les plus délirants à ton client. Et tu as besoin de pas mal d’intuition aussi, pour changer de poseball au bon moment, et pour donner du rythme à la passe.
Alors en fait, tu n’appuies sur aucune touche spécifique, et tu ne simules pas les actes sexuels avec ta bouche?
Non, désolé. Quelques fois je clique sur le poseball et je charge un fichier audio avec des grognements et des gémissements. Après, je peux aller aller me faire un café pendant qu’ils baisent à l’écran.
Moi je pensais que les gens baisaient vraiment avec leurs ordinateurs…
Non, ça ne marche pas du tout comme ça. Le plus important c”est la façon dont tu communiques. Pour faire du fric, il faut bien savoir écrire. Après tout, sur Second Life, toutes les filles ont des nichons démesurés et des corps parfaits, alors le principe du sexe virtuel c’est de jouer à un jeu de rôle, de faire travailler son imagination, tout en sachant qu’on est dans la dérision. Sans corps, le sexe devient tout à coup super marrant. Tu n’imagines même pas les heures que je passe à me fendre la gueule devant mon ordinateur.
Est-ce que les gens autour de toi savent ce que tu fais de ton temps libre?
Je le dis à tout le monde. Je n’ai pas de talents cachés, à part mon corps absolument parfait. Et j’ai dépensé beaucoup de dollars Linden pour arriver à ce résultat.
Et maintenant, qu’est-ce que tu penses des vraies prostituées?
Et bien, pour avoir vu combien c’est dur, j’ai beaucoup de sympathie pour elles.
INTERVIEW: SERENA PEZZATO
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