Video games killed the radio star

Photo: Dan Siney


Stephen Lea Sheppard est notre nouveau testeur de jeux vidéo!

Stephen Lea Sheppard a incarné deux de nos personnages de fiction favoris: Harris Trinsky, le maître de jeu à la sagesse précoce et aux cheveux ondulés dans Freaks & Geeks, et Dudley Heinsbergen, le gosse bizarre que Bill Murray étudie dans La Famille Tennenbaum. Dans la vraie vie, Stephen vit en Colombie britannique, où il conçoit des livres de jeux de rôle de plateau, notamment pour les séries Exalted et Le Monde des ténèbres de White Wolf. Il est aussi modérateur sur RPG.net. Comme on est incultes en jeux de rôle, on est excités de pouvoir profiter de ses compétences, histoire de ne pas passer pour des crétins ou des losers. En plus, c’est Harris… Harris! On a des étoiles plein les yeux. Voici une mini-interview avec Stephen pour vous montrer à quel genre de pro vous avez affaire.

Vice: Tu as toujours aimé les jeux vidéo?

Stephen Lea Sheppard:
Oui, ça a commencé avec le premier Super Mario Bros. Je m’y suis mis très jeune. Mais mes goûts ont évolué. Au début, j’étais dans les jeux de plateforme nerveux. Comme je ne savais pas lire, j’évitais tout ce qui avait du texte. Ensuite, j’ai découvert les JdR. J’apprécie encore les personnages fouillés et les scénarios recherchés, mais j’ai tendance à revenir aux jeux où on n’a pas à passer par des écrans de menu pour agir sur leur environnement.

Tu as des jeux de prédilection?

Mon jeu préféré de tous les temps est Chrono Trigger, peut-être suivi de Castlevania: Symphony of the Night. Ou Mass Effect (testé dans ce numéro). Mais je trouve les jugements quantitatifs idiots, je ne perds pas mon temps à décider lequel est le meilleur de tous les jeux géniaux que je connais.

Ça fait combien de temps que tu joues aux JdR? Quels sont tes favoris?

Je m’y suis mis quand j’avais 14 ans. J’adore Mage: l’Ascension, de White Wolf, qui n’existe plus, et aussi Exalted, sur lequel j’ai l’honneur de travailler.

Tu étais déjà à fond dans Donjons et dragons avant d’incarner Harris dans Freaks & Geeks?

J’aimais les JdR bien avant de jouer Harris, mais je n’ai jamais été très fan de D&D. J’y ai joué, mais seulement parce que c’était le seul jeu disponible à l’époque. Le premier JdR que j’ai vraiment kiffé était Cyberpunk 2.0.2.0. J’avais 14-15 ans.

Quels sont tes critères de base pour un bon jeu vidéo?

Le critère de base, c’est «que ça soit bien fait», mais c’est valable aussi pour parler d’un sandwich. «Que ça soit amusant», c’est tautologique. Quand on dépasse ce genre de remarques simplistes, on se rend compte qu’il y a plein de choses différentes qu’on regroupe derrière l’expression «jeux vidéo» et qui échappent à tous les critères. Est-ce qu’on pourrait faire une description commune de tous ces jeux à la fois: Chrono Trigger, flOw, Geometry Wars, Katamari Damacy, Mass Effect, Orange Box, Panzer Dragoon, Soul Reaver, SSX3, Super Mario World et Tower of Goo? La plupart ont des personnages fouillés, mais d’autres pas. La plupart ont un gameplay complet, d’autres pas. La plupart ont une bande son géniale, d’autres pas. La plupart sont techniquement impressionnants, d’autres pas. Je peux dire si un jeu m’amuse et pourquoi, mais dresser une liste des critères qui définissent un bon jeu vidéo, ça me dépasse.

Ok. Pff. Merci Stephen! On passe aux chroniques.




TONY HAWK’S PROVING GROUND
Éditeur: Activision
Support: Xbox 360

Ce jeu est poussif. C’est une corvée. Je me fous du skateboard, et pourtant j’adore la démo de Skate, par EA. Ce n’est donc pas une question de thème. Ebert soutient qu’un film ne parle pas de son sujet, mais de la façon dont il le traite. C’est la même chose pour les jeux vidéo. Si le jeu est bon, peu importe que le sujet ne m’intéresse pas. Mais ce jeu n’est pas bon. C’est une énième suite avec des tonnes de nouveautés qui reposent sur des fondations pourries. Ce qui arrive assez souvent.

Dans Tony Hawk’s Proving Ground, pour chaque option marrante qu’on a la possibilité de faire, il y a en au moins deux chiantes. Ce serait chouette d’explorer la ville ou de construire son propre skatepark, si seulement on pouvait débloquer les modules plus rapidement. Ce serait chouette d’apprendre de nouvelles figures, si seulement je savais où mettre mes points d’habileté. Chaque fois que je commence à apprécier un aspect du jeu, il part dans une direction qui ne m’intéresse pas. C’est aussi lassant que de tuer des sangliers en série dans World of Warcraft.

Et il y a une chose que je déteste plus que tout: le design du skateur. Les visages sont des trucs étranges avec des doubles mentons et des grosses joues qui font des mimiques à la Fred Durst. C’est pas seulement moche, c’est esthétiquement insultant. Ça vient de toute une école de design que je ne peux pas blairer. Résultat: l’un des seuls intérêts du jeu est de foirer une figure et de mater le skateur se planter avec un bruit dégueu d’os brisés. J’en suis pas fier.

Pas de bon gameplay+pas de personnages intéressants=pas d’intérêt. J’y jouerai plus, ou faudra me forcer.




MASS EFFECT
Éditeur: Microsoft Game Studios
Support: Xbox 360

Les développeurs de Mass Effect pensent qu’il est super cool de dépasser la vitesse de la lumière, et que la première fois que ça arrive, la musique au synthé devrait monter crescendo, bref, que ça devrait être un spectacle dantesque. Vous vous souvenez de toutes ces critiques de Superman Returns, où les gens disaient qu’en sortant du cinéma, ils avaient l’impression d’avoir 12 ans à nouveau? Mass Effect me fait le même effet, sauf que là je n’y ai pas repensé une semaine plus tard en me disant: «En fait, c’était un peu de la merde.» Ça me transporte à l’époque où Asimov venait de mourir, où Kubrick était toujours vivant, où Lucas n’avait pas encore perdu la tête, où il y avait deux volumes de L’Anneau-monde et où Halo n’existait pas, où les gens pensaient autant à la Guerre Froide qu’à Star Trek, et où les effets de l’explosion de Challenger n’avaient pas encore affecté les opérations de la NASA.

Mass Effect est un jeu intelligent qui redonne ses lettres de noblesse à la SF. L’entrée Wikipédia parle d’une «prophétie» délivrée par des scientifiques qui ont étudié des indices archéologiques—le mot prophétie ne me serait pas venu à l’esprit. Le texte de promo explique que le personnage qu’on incarne, le Commandant Shepard, a pour mission de stopper les armées de Saren, un agent Spectre renégat. C’est une fausse piste. Shepard a pour mission de découvrir les activités de Saren et pourquoi il s’est rebellé. C’est pas un jeu où un héros valeureux sauve la galaxie des armées d’un maître du Mal, c’est un jeu où un détective militaire doit arrêter un traître.

Les personnages biotiques ont des implants dans le cerveau qui leur permettent d’interagir avec la technologie pour manipuler une cinquième force cosmologique, ce qui explique la présence de la vitesse supraluminique dans l’histoire. C’est une force réelle, que les scientifiques d’aujourd’hui appellent «l’énergie noire» parce qu’ils ne savent pas très bien ce que c’est. Les vieux textes de promo qui parlaient de «Dark Space» utilisaient aussi le terme «énergie noire», parce que tout le monde sait que dans toute bonne épopée où le héros sauve la galaxie des forces du Mal, ça fait toujours mieux de placer l’adjectif «noir» après une flopée de noms. Au moins, Mass Effect ne s’appelle pas «Dark Effect».

Pour la comparaison, Mass Effect me fait penser à deux autres jeux, SunDog: Frozen Legacy et Chrono Trigger. Je n’ai pas besoin de présenter Chrono Trigger, parce que si vous ne le connaissez pas au moins de réputation, vous êtes un philistin (et si vous ne savez pas ce qu’est un philistin, c’est que vous êtes un béotien). Comme Chrono Trigger, Mass Effect est pourvu d’un scénario palpitant, d’une bande son géniale avec un générique de fin qui m’a laissé un sourire jusqu’aux oreilles, et d’une galerie de personnages vraiment attachants. Comme avec Chrono Trigger, dès que j’ai fini Mass Effect, je me suis dit: «Je veux rejouer tout de suite

Quand j’avais 12 ans, je jouais beaucoup à SunDog, sur Atari ST. Dans SunDog, le joueur alternait entre un type avec un flingue, un type dans une voiture et un autre aux commandes d’un vaisseau spatial qui transporte une voiture. On retrouve tout ça dans Mass Effect. De plus, quand on était dans la voiture à bord du vaisseau, on pouvait explorer l’intérieur du véhicule et se balader dans toute une galaxie avec plein de systèmes solaires différents. J’avais l’impression d’être dans un film de SF. En 1995, onze ans après sa sortie, ce jeu battait encore toutes les nouveautés de l’époque.

Avec les années, j’ai souvent imaginé ce à quoi pourrait ressembler un remake de SunDog. Ce remake est devenu le jeu dont j’ai toujours rêvé—tous les joueurs en ont un. Mass Effect est sorti, c’est un remake de SunDog mais en mieux, et il reprend le meilleur de Chrono Trigger; il ne faut pas s’étonner si j’oublie tous ses défauts. Et de toute façon, il n’y en a pas beaucoup: des bugs dans la texture, la fluidité irrégulière, la sauvegarde automatique pas pratique, la rareté des démos dans le jeu, le système d’inventaire, les attaques mortelles et imparables utilisées parfois par les Thresher maws.

Mais on s’en fout. Castelvania: Symphony of the Night est sorti en octobre 1997, ce qui fait de Mass Effect le jeu le plus fun de la décennie.

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