Tenues correctes exigées

La première fois que j’ai entendu parler du travail de Paul Hallam sur la scène mod des années 1980, j’étais en train de bosser sur la série de documentaires Street, Style & Sound. Ewen Spencer, le créateur de la série que j’ai interviewé à plusieurs reprises, m’a expliqué qu’un type avait méticuleusement documenté cette scène pendant plusieurs années et qu’il cherchait à faire publier ses images.

Le livre vient de sortir et s’appelle Odds & Sods – il s’agit d’un compte rendu complet d’une période durant laquelle le concept même de revivalisme avait encore un sens. J’ai contacté Paul pour discuter de son livre et de son expérience. Étant donné qu’il débite environ mille mots à la minute, j’ai fait de mon mieux pour ne pas trop l’interrompre.

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Des mods au premier Hayling Island weekender, 1985

VICE : Comment avez-vous commencé à photographier la scène mod des années 1980 ?
Paul Hallam :
En 1981, je suis parti faire du ski et j’ai embarqué un vieil Olympus Trip avec moi. J’avais bien aimé les photos que j’avais prises avec – du coup, je me suis remis à la photo un an plus tard, alors que j’avais 17 ans. La scène mod connaissait alors son apogée. J’ai pris quelques photos en 1982, mais la majeure partie de cette série s’est faite en 1984. Je n’ai rien fait en 1983 parce que j’avais acheté un appareil photo un peu plus convenable et je ne savais absolument pas comment m’en servir.

Et vous avez fait un livre à partir de ces photos. Pourquoi avez-vous décidé de les publier aujourd’hui ?
À l’époque, je les avais toutes préservées, au cas où quelqu’un souhaiterait y jeter un œil. C’est seulement l’année dernière que j’ai commencé à les scanner et à les poster sur les réseaux sociaux. Quelque temps plus tard, Ewen [Spencer] s’est pointé chez moi avec une équipe de production et m’a demandé de parler de mon travail face caméra.

Je publie parfois des bouquins – des éditions « pulp » comme celles de Richard Allen –, et j’étais ravi qu’un autre éditeur soit intéressé par mon projet. Un type nommé Greg Faye a écrit la préface – c’était un jeune homme qui avait vécu en périphérie de cette scène. On y retrouve aussi des figures importantes – Andy Farley, un DJ house, Andy Drake et Jim Masters, qui a fait le tour du monde avec Carl Cox.


Des filles mod à Sneakers, 1984. « Vous noterez que la chemise, l’écharpe et le sac à main sont parfaitement assortis. »

Quelle était votre première impression de la scène mod ?
C’est devenu une de mes obsessions. En 1979, j’étais beaucoup trop jeune pour appartenir à cette subculture – de plus, je vivais à Sunbury, une petite ville qu’on ne peut pas vraiment qualifier de centre du monde. À la fin de l’année 1980, je suis allée dans un club pour la première fois, le Feltham Football Club. C’était une expérience terrifiante. J’y suis allé avec des mods d’Ashford, et j’ai emprunté des sapes Fred Perry pou l’occasion. C’était une époque un peu flippante : tous les métros grouillaient de skinheads. On était censé marcher, mais je me suis débiné et j’ai embarqué dans un van qui sentait l’after-shave bon marché. Quand je suis arrivé dans le club, j’étais surexcité – j’avais 15 ans, après tout. Un jeune Asiatique en blazer rayé s’est mis à me répéter la même chose en boucle ; j’ai découvert un peu plus tard qu’il était sous speed.

Un an plus tard, Ronnie le plombier mod – qui est toujours mon plombier aujourd’hui – m’a emmené dans un club mod de Richmond, le Cheeky Pete’s. En réalité, il s’appelle Ronnie Diamond – c’est un sacré nom. On a ensuite pris le bus pour aller à Shepherd’s Bush.

À l’époque, j’étais obsédé par un livre – Mods, de Richard Barnes, qui était un camarade de classe de Pete Townshend. Le texte qui accompagnait les photos était incroyable, et je n’arrêtais pas de relire ce bouquin. Il y évoquait des morceaux de rare R&B. Je me suis mis à en écouter beaucoup, au moment même où les clubs de West London ne passaient que de la northern soul commerciale.

Je suis revenu au Feltham Football Club pour passer des disques. Bien entendu, tout le monde s’en fichait. Toutes les nuits, une baston éclatait. J’ai fait le DJ pendant quatre mois, ce qui me paraissait assez fou du haut de mes 17 ans – je n’avais même pas l’âge requis pour entrer dans ce club.

À l’époque, l’organisation Phoenix Society a organisé des réunions, durant lesquels des mods renommés devaient se rencontrer et discuter. On m’a invité à un meeting qui se déroulait au-dessus d’un pub, le Griffin, qui vient tout juste de fermer. J’ai fini par leur expliquer que je trouvais que la musique passée dans les clubs n’était pas assez bonne – j’ai vraiment cru que j’allais finir par me prendre une rouste.

Les gens se sont mis à porter des vêtements bien taillés – certains se déplaçaient jusqu’à Londres rien que pour acheter une paire de chaussures. Un type nommé Mick Franti allait souvent dans des vieilles boutiques du côté de Whitechapel et Aldgate. Il demandait aux employés s’ils avaient des vieilles fringues en stock, et il ramenait toujours des cartons entiers de vieux Levi’s.

Les règles d’entrée du Ben Truman Southwark, 1985

Le fait de se vêtir de la meilleure manière qui soit est très vite devenu une obsession pour beaucoup de monde.
Il y avait des mecs de Cardiff qui faisaient le trajet jusqu’à Londres rien que pour ça. Ils restaient debout de Cardiff à Paddington parce qu’ils ne voulaient pas de pli sur leurs pantalons.

Qu’est-ce qui vous a autant fait aimer cette scène ?
Je l’ai aimée jusqu’en 1986, puis j’ai mûri. Je me suis fiancé, j’ai découvert les acides et les Beastie Boys. À quoi bon danser sur John Lee Hooker quand on peut faire toutes ces choses ?

C’est marrant, parce que je me suis complètement retiré de la scène, mais elle a toujours tenu une place importante dans mon cœur. J’allais dans des clubs acid house et je croisais pas mal de vieux mods. J’allais à Carnaby Street et j’y garais mon scooter, et quelqu’un finissait toujours par le renverser à terre. À l’époque, les gens détestaient les mods – maintenant, tout le monde est mod. Même ce putain de Bradley Wiggins est mod. Tous les mecs de Shoreditch sont des mods à barbe.


Le club Marquee à Wardour Street, 1985

Et vous vous considérez toujours mod, même à la quarantaine ?
Tout ce qu’on dit sur « vivre impeccablement dans des circonstances difficiles », c’est vrai. Quand je me réveille le matin, je porte des vieux machins. Mais si je dois récupérer quelque chose dans ma voiture ou passer à la poste, je mets un point d’honneur à me coiffer avant. Il est question d’être fier dans tout ce qu’on entreprend – fier de ses vêtements, des disques qu’on écoute.

Odds & Sods est disponible ici.

Clive est sur Twitter.

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