Depuis le début du mois de février, la police municipale de Béziers (Hérault) est armée de pistolets 7.65 automatiques, et la communication du maire, élu en mars 2014 avec le soutien du Front National, sur la mise en place de cette promesse de campagne fait polémique.
« Désormais, la police a un nouvel ami », peut-on lire sur des panneaux publicitaires de la ville de Béziers depuis le mercredi 11 février. Le slogan est accompagné d’une photographie de « l’ami » en question, un pistolet, avec le drapeau français sur la crosse, avec la mention « armée 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 », ainsi que du numéro de la police.
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L’armement des policiers municipaux, un débat relancé par l’attentat de Montrouge.
Le 8 janvier 2015, Clarisse Jean-Philippe, une policière municipale, était abattue à Montrouge par Amédy Coulibaly, l’auteur de la prise d’otages de l’Hyper Cacher de Vincennes. La jeune femme n’était pas armée. En France, les policiers municipaux ne sont pas systématiquement armés.
Le maire de la ville Robert Ménard, interrogé par VICE News sur l’armement de sa police municipale explique que sa promesse de campagne doit d’autant plus être appliquée dans le contexte post-attentats : « Que la police soit armée, ça me semble aller de soi, en plus avec ce qui se passe en ce moment vous vous doutez bien que la police a besoin d’être armée et les gens ont besoin de savoir que la police est armée. »
Bon nombre de maires et de syndicats de police ont demandé, à la suite de cette attaque, à ce que les policiers municipaux aient le même type d’armement que la police nationale. Le Syndicat de défense des policiers municipaux (SDPM) avait même demandé à ses membres non armés de ne plus se déployer sur la voie publique tant qu’ils n’auraient pas droit à une arme à feu. « Chaque mission peut potentiellement requérir une arme. On a connu des cas de blessures par balles sur des collègues qui intervenaient pour un simple problème de stationnement, » expliquait alors Richard Mousset, secrétaire général du SDPM au Figaro le 16 janvier dernier.
La décision d’armer ou non sa police municipale doit être prise par le maire en accord avec l’État.
D’après Alain Bauer, professeur de criminologie au Conservatoire des Arts et Métiers, 48 pour cent des effectifs de la police municipale en France sont équipés d’armes à feu, explique-t-il à VICE News, se basant sur des statistiques de 2014. « Tous les policiers municipaux sont armés, mais ils n’ont pas tous une arme à feu. Ils peuvent être équipés de tonfa [sorte de matraque], de sprays, de taser électroniques. »
« La création d’une police municipale est un argument électoral comme cela put être le cas en 1983 à Cannes avec Anne-Marie Dupuy. Cela permet aux maires en campagne de mieux rassurer leurs administrés, » précise Bauer. « Pour obtenir l’armement d’agents de police municipale, il faut prouver l’intérêt de la police municipale à patrouiller de nuit ou dans des quartiers jugés dangereux. Si c’est le cas, alors les forces de l’ordre municipales peuvent obtenir l’autorisation de porter une arme à feu. »
À la fin du mois de janvier, après la vague d’attentats en France, Bernard Cazeneuve, le ministre de l’Intérieur a annoncé 4 000 revolvers de plus pour les mairies, ainsi que des fonds pour l’achat de 8 000 gilets pare-balles, une initiative saluée par le SDPM.
« C’est une campagne publicitaire, pas une thèse d’État »
Beaucoup ont toutefois critiqué les affiches du maire de Béziers. Libération rapporte que la campagne est perçue au SDPM comme « très maladroite », voire « scandaleuse », la police municipale ne cherchant pas « de nouvel ami ». Après la publication de notre article, le Président National du SDPM a contacté VICE News pour expliquer que le syndicat n’a jamais tenu de tels propos à Libération. Cédric Michel nous a indiqué que l’avis du SDPM est très éloigné des propos qui lui sont prêtés, « Le SDPM ne trouve ni maladroite, ni scandaleuse cette affiche, » nous a t-il écrit.
Le ministre de l’Intérieur a lui dénoncé à deux reprises « l’outrance de cette campagne » dans un communiqué publié hier soir, et sur France Info ce jeudi matin : « Robert Ménard n’a pas compris ce qui, dans un contexte comme celui que traverse notre pays, est l’éthique de responsabilité. Et la République, » a déclaré Bernard Cazeneuve.
« C’est lui qui est irresponsable, » répond l’ancien journaliste. « Il n’a pas d’autre chose à faire que de s’occuper de ça ? Je vous rappelle que le Premier ministre qui s’est rendu il y a quelques jours a Marseille a été accueilli il y a quelques jours par des rafales de kalachnikovs. Son boulot, c’est d’assurer la sécurité des Français, moi le mien c’est d’assurer la sécurité des policiers et des Biterrois. Je fais mon travail, qu’il fasse le sien. Quant à la rhétorique employée permettez-moi de vous dire que c’est du niveau d’une dissertation de philosophie de Terminale, » s’énerve Robert Ménard.
Interrogé sur le caractère provocateur de cette campagne, Robert Ménard dit être étonné par les réactions. Il explique qu’il s’agit « d’une campagne publicitaire, pas une thèse d’État de 500 pages sur l’armement des policiers municipaux. C’est une affiche faite pour attirer le regard, elle attire le regard, » réplique l’édile.
Robert Ménard, ancien journaliste, fondateur de Reporters Sans Frontières (RSF) a été élu maire de Béziers avec le soutien du Front National en 2014. Depuis, il prend des mesures qui ont soulevé des polémiques à répétition, prenant par exemple un arrêté interdisant d’accrocher son linge aux fenêtres, en installant une crèche de Noël à la mairie de Béziers ou en imposant un couvre-feu dans certains quartiers de la ville pour les mineurs de moins de 13 ans qui ne seraient pas accompagnés de leurs parents de 23 heures à 6 heures « du 15 juin au 15 septembre, durant les week-ends et les périodes de vacances scolaires ».
Pierre Longeray a participé à cet article.
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Photo by Theo Wargo/WireImage for Clear Channel Radio New York
