
L’artiste Meredith Danluck fut l’une des rares élues. Elle en a fait une vidéo qu’elle a présentée à la Renwick Gallery de New York. Mais elle en est encore légèrement traumatisée.
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Dès que j’en ai entendu parler, j’ai su qu’il fallait que j’y sois. J’ai tout de suite acheté mon billet—je crois que j’ai eu le numéro 296, sur 300, j’ai vraiment eu de la chance. Je suis arrivée au Japon totalement jetlaggée, tout avait l’air complètement surréaliste. Je suis allée directement à Studio Coast, l’endroit où avait lieu l’évènement. Il y avait plein de paparazzi devant la salle et les gens étaient massés autour d’un sosie de Michael Jackson qui faisait le Moonwalk. Tout le monde avait un cadeau, des fleurs ou un truc à lui faire signer. Moi, j’étais venue les mains vides. La plupart des gens étaient japonais, mais bizarrement, je me suis retrouvée à faire la queue avec un groupe d’anglophones. J’ai rencontré une fille vraiment sympa qui travaillait à l’ambassade du Maroc et qui est devenue ma copine de queue. Devant nous, il y avait un couple d’Écossais qui avait l’air tout à fait normal et ils m’ont dit: «Certains dépensent dix mille dollars pour partir en safari, hé ben, nous, c’est ça, notre safari.» J’ai aussi rencontré Carlo, un technicien informatique/sosie de Michael venu du Colorado, qui a commencé à me draguer. Il m’a sorti des trucs genre: «Qu’est-ce que tu fais plus tard? Tu veux qu’on passe un petit moment devantl’hôtel de Michael?» J’ai aussi rencontré la présidente d’un fan-club australien qui avait amené un classeur énorme remplis de lettres de fans pour l’offrir à Michael Jackson. Je me demande s’il va en lire ne serait-ce qu’une? Je pense que oui. Je veux dire, qu’est-ce qu’il a d’autre à faire. Avant qu’on nous laisse entrer, un groupe d’environ cinquante enfants en chaises roulantes a été emmené en haut des marches, jusqu’à l’entrée de la salle. Ça a carrément énervé les gens qui étaient autour de moi. Ils disaient: «Pourquoi ils ont le droit d’entrer en premier? En plus, ils ont sûrement pas payer!»
Bref, on nous laisse enfin entrer, et là, c’est tout simplement nul! Il y a un buffet pourri avec des sandwichs tout faits, ce genre de choses. Je veux dire, pour trois mille balles, on peut espérer un buffet digne de ce nom. J’ai dû manger un biscuit, et encore. J’étais morte de faim et je pense que ça a contribué à la dépression nerveuse que j’ai subie un peu plus tard dans la soirée. Pendant deux heures, il ne s’est rien passé du tout. Tout le monde rongeait son frein en attendant que quelque chose se produise. Et finalement, Michael est arrivé, il a traversé la foule avec cinq gardes du corps qui lui servaient de bouclier humain. Les gens ont PÉTÉ UN CÂBLE: ils se sont mis à pleurer, à hurler, à prendre des photos comme des fous. Tout d’un coup, Michael s’est arrêté de marcher et s’est accroupi dans une sorte de position de protection en se couvrant la tête. Je crois que c’est parce qu’il y avait trop de flashes. Les gardes du corps se sont mis à hurler: «Pas de flash! Pas de flash!»
Il est monté à l’étage pour s’installer dans un espèce de box pour VIP et tout le monde est juste resté planté là, le nez en l’air. De temps en temps, il venait à la fenêtre et nous faisait signe et les gens devenaient ouf. Ensuite, un deuxième sosie de Michael Jackson m’a draguée! C’était un espèce de rappeur qui s’appelait E. Casanova J’arrêtais pas de me demander pourquoi j’attirais tant les sosies de Michael Jackson!
La foule fixait la cabine pendant des heures en espérant apercevoir MJ. Quand il est enfin apparu pendant une microseconde à la fenêtre, j’ai perdu un tympan à cause des hurlements.
J’ai pu filmer pendant presque deux secondes avant qu’on éteigne mon appareil.
Là, c’est quand il a traversé la foule. J’adore cette façon qu’il a de se mouiller les lèvres. 
Ils ont enfin commencé à énumérer les numéros. On n’avait pas le droit d’avoir une caméra, mais j’avais un appareil numérique qui faisait des films d’assez bonne qualité. Je me suis dit: «Bon, je ne sais pas du tout ce qui va se passer une fois que j’aurais passé cette porte donc je vais commencer à filmer maintenant et je filmerai tant que je peux.» J’ai tenu l’appareil bien serré contre ma poitrine. La porte s’est ouverte. C’était très intimidant. Il y avait au moins quinze gardes du corps et des assistants. Une femme m’a poussée dans une toute petite pièce super éclairée et a tout de suite enlevé mon manteau, mon sac et mon appareil—elle m’a littéralement arraché l’appareil des mains. J’ai essayé d’expliquer que je voulais prendre des photos de lui moi-même (et secrètement, le filmer), mais ils n’ont pas compris. Ils répétaient: «Oh, non, ensemble, ensemble!» et ils m’ont carrément propulsée jusqu’à l’endroit où il attendait. Il était debout dans un coin comme un petit chien perdu enfermé dans une cage. Quand ils m’ont poussée, je me suis pris les pieds dans la bâche blanche et j’ai fait un petit accroc dedans. On le voit sur la photo.
J’ai trébuché et je suis en quelque sorte tombée sur Michael Jackson. Les gardes du corps ont sursauté mais Michael m’a tout simplement rattrapée et il a dit: «Salut, tout va bien?» On s’est serré la main et on s’est fait un hug. Je l’ai trouvé très frêle et squelettique. Je fais du 34 et je me suis sentie grosse à côté de lui. Et je vous jure, être aussi prêt de ce visage, de ce nez, de cette peau… J’étais comme hypnotisée. Il a dit: «J’adore votre top», et il a touché mon t-shirt. C’était étrange. Ensuite, il a dit qu’il aimait mon collier dent de vampire et m’a demandé s’il pouvait l’avoir! J’ai cru que j’avais mal compris alors j’ai bafouillé un truc genre: «Oh, en fait, il a beaucoup de valeur pour moi, désolé!» Pile à ce moment-là, le mec qui tenait mon appareil a fait: «Ok, 1, 2, 3» et il a pris une photo de nous—juste une—et ils m’ont poussée dehors. Voilà, c’était terminé.
Ç’a été les trente secondes les plus rapides de ma vie. J’ai eu l’impression d’être un sac plastique emporté par le vent. Normalement, on avait le droit de poser une question à Michael—comme s’il était une sorte d’oracle. «Michael Jackson, avec qui vais-je me marier?» Au milieu de tout ce chaos, je n’ai même pas pensé à lui demander quoi que ce soit. Je lui ai à peine parler d’ailleurs. C’est à peine si je l’ai traité comme un être humain, même, parce que tout le monde dans la pièce se comportait comme s’il était un objet.
Je suis partie juste après. Un spectacle avec des danseurs qui refaisaient Thriller était prévu après les rencontres, mais il fallait que je sorte de là. Je me sentais trop bizarre. Comme j’ai été la première personne à sortir, les paparazzi se sont jetés sur moi en hurlant: «Vous avez rencontré Michael Jackson? Vous lui avez serré la main?» Ils m’ont suivi pendant un bon moment et ça m’a foutu les boules. J’ai sauté dans un taxi et j’ai dépensé 70 dollars pour rentrer à l’hôtel. On avait reçu des paquets cadeaux avec une bouteille de champagne et une photo dédicacée de Michael, et, le jour suivant, la femme de chambre de l’hôtel l’a jetée, ou volée, au choix.
Mais j’ai quand même l’impression que j’en ai eu pour mon argent. Il a été vraiment gentil. Il m’a fait mal au cœur. Ça m’a fait mal au cœur qu’un être humain puisse avoir une expérience aussi limitée du reste du monde.
Pour nous faire patienter, ils avaient organisé un show merdique inspiré de Thriller.
Voici Carlo, le premier des nombreux sosies de Michael qui ont essayé de me draguer.
La horde anonyme et terrifiante des paparazzi.