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Iron Monkey s'est fait entuber par son label, a vu son chanteur mourir devant ses yeux et est devenu malgré tout une référence absolue

« Je suis pas sûr que les gens étaient vraiment prêts pour un groupe qui vient balancer des briques à travers tes vitres quand tu les pines de 50 balles. »
13.10.14

Mêlant grooves caverneux, agression crust punk, paroles cryptiques et artworks suicidaires, le tout porté par la voix la plus dérangée de toute l'Histoire de l'enregistrement sur bande magnétique, Iron Monkey a émergé de la Grande-Bretagne blafarde du milieu des années 90 avec pour seul objectif de faire le plus de bruit possible. En l'occurrence, un sludge « concession : zéro » évoquant à de nombreux égards les aboiements d'un chien enragé abandonné sous les pluies acides de Nottingham.

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Formé en 1994, le line-up originel d'Iron Monkey comprenait Johnny Morrow (chant), Doug Dalziel (basse), Justin Greaves (batterie), Steve Watson et Jim Rushby (guitares). Jouant uniquement dans des pubs infâmes et des arrières-salles habituellement squattées par la scène hardcore de Nottingham, le groupe a très vite attiré l'attention grâce à son approche physique et animale du live. Arpentant la scène comme un prédateur en quête de viande fraîche, les yeux révulsés, émettant des cris monstrueux, Morrow se confronte au public pendant que le reste du groupe pateauge dans des riffs cyclopéens, capables de carboniser en une fraction de seconde la moëlle épinière de chaque personne présente dans l'assemblée.

La discographie d'Iron Monkey est mince, mais vitale. Un EP (Iron Monkey, 1996), un album (Our Problem, 1998), un split et un album live posthume (Ruined By Idiots, 2003). Pourtant, leur réputation n'a fait que grandir depuis leur séparation en 1999. Ce qui déconcerte énormément le batteur original, Justin Greaves (qui est depuis passé par Electric Wizard et Crippled Black Phoenix).

« On ne réfléchissait pas du tout à ce qu'on faisait. Les gens disaient qu'on sonnait comme Eyehategod », raconte-t-il.

« Je suppose que c'est parce qu'il y avait peu de groupes qui faisaient ce genre de musique à l'époque. Mais je me souviens que Crowbar avait joué à Nottingham, à l'époque où Jimmy Bower jouait de la batterie pour eux. Ils avaient squatté chez nous, et on se pissait dessus de rire en pensant à tous ces gens qui s'étaient montés la tête et s'imaginaient que Eyehategod et Iron Monkey se détestaient. Personne ne savait qu'on était dans la même pièce en train de tripper ensemble. On ne cherchait à imiter personne. C'ets juste que les deux groupes avaient des collections de disques similaires : on avait tous grandi avec un mélange de hardcore et de Black Sabbath. On avait tous des albums de Sabbath, de Saint Vitus, de Black Flag. Il y avait aussi des trucs plus récents comme Grief, qui existaient encore à cette époque. C'était un mix de sons heavy et lents, et de punk rock rapide.»

Cette rencontre entre l'esthétique hardcore et des riffs tapissés de goudron épais a eu lieu pour la première fois en 1996, sur leur EP éponyme. Iron Monkey sentait le cidre pas cher et l'eau de bang pas lavé depuis 3 mois, le tout saupoudré de sévères couches de haine. De la cover - un collage bizarre de photos hippies des années 60 formant un graphique diabolique (85% d'inquiétude, 15% de morts) une fois déplié- aux paroles cryptiques, le disque plongeait l'auditeur dans un vortex de folie nauséabonde. La section ruthmique de Doug Dalziel et Justin Greaves groovait comme un une vessie de porc enflée suspendue à un gibet, pendant que Jim Rushby et Stu O'Hara enquillaient des riffs qui vous rentraient dedans comme un pied de biche dans une boîte crânienne. Iron Monkey débordaient d'une énergie et d'une vitalité que peu de groupes possédaient, a fortiori en Grande-Bretagne.

Rayon textes, on était dans l'énigme la plus totale. Morrow griffonait des feuilles de papier derrière le comptoir du skateshop où il bossait, créant des paroles uniques, cathartiques, proches des cut-ups de William Burroughs. Prenez « Shrimp Fist », par exemple: « God Bless Pig God / Dead Imperial Mile / Hung Sliced / Crushed by Atomic Beak / Internals fucked by cerebral arrow / Bastards thoughts fit to fuck worlds ». Les hurlements délirants de Morrow collaient parfaitement à ce qu'il racontait - mais le livret du disque était votre seule chance si vous vouliez déchiffrer les paroles.

« Concernant la voix de Johnny, c'est juste arrivé comme ça » ricane Greaves. « Je peux te dire, avec le recul, qu'il n'y avait absolument aucune préméditation dans ce qu'on a fait. J'ai une démo cassette de Iron Monkey, enregistrée en répétition, avec une tonne de morceaux crust-punk bourrés de blast beats. C'est sorti comme ça. Johnny n'a jamais parlé de ce qui l'avait inspiré à chanter comme ça. Je pense qu'il a juste commencé à crier parce qu'on était tous à fond dans le local. Je sais pas du tout comment il l'a fait, par contre. Il a jamais eu mal à la gorge, pas une seule fois. »

Produit par le producteur de metal légendaire Andy Sneap, leur premier EP était tellement heavy que c'en était presque ridicule. Un festin de rage primale sur fond de boogie sous Valium. « Sérieux, je trouve que les albums sont plutôt mélodiques » déclare Greaves. « On les a enregistrés rapidement, sans overdubs. On a juste cherché le son de guitare le plus dégueulasse possible, et on a joué à un niveau indécent. Andy Sneap a affiné le son sans nous le dire, donc on a sorti un album qui sonnait super bien, sans même s'en rendre compte. Aujourd'hui, je fais un peu plus gaffe aux méthodes d'enregistrement et ce genre de trucs, mais on connaissait déjà Sneap parce qu'il avait enregistré Hard To Swallow - le groupe de hardcore qu'on avait avant Iron Monkey, qui était signé sur Union Mill. Le premier EP de Monkey, il nous l'a fait pour 150 balles, en deux jours. Le second album, c'était plus du genre: 'Ah, vous êtes sur Earache maintenant? OK, je prends 9000 balles par prestation' [Rires] ».

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Même si le EP - sorti à l'origine sur le petit label hardcore Union Mill - et les concerts qui ont suivi ont reçu suffisament d'attention pour que Earache s'intéresse groupe, Iron Monkey étaient au départ plus que perplexes à l'idée de signer sur un label aussi gros.

« J'ai aucune idée de la raison pour laquelle Earache a voulu nous signer. On arrêtait pas de dire non, et je me souviens super bien d'un concert au Old Angel à Nottingham où Johnny a craché sur Dig [Digby Pearson, le fondateur d'Earache] » dit Greaves en rigolant. « Je me rappelle que quelqu'un lui avait dit: 'Tu signeras JAMAIS Iron Monkey !'… Mais c'est arrivé ! Je sais pas, il a dû nous appâter avec un sandwich poulet curry ou quelque chose comme ça. Plus sérieusement, on a fini par signer parce qu'on avait joué dans une salle avec nos potes d'Acrimony et tout notre équipement a été bousillé. Il y avait un pied de chaise planté dans ma grosse caisse. On avait du mal à payer le local de répét', et on en est arrivés au point où on avait carrément nulle part où répéter, nulle part où jouer, on ne pouvait rien faire. Earache a secoué une grosse liasse de billets devant nos tronches et comem on était des gros vendus, on l'a prise [Rires]. Ça n'est que bien plus tard qu'on s'est rendu compte que c'était une -très- mauvaise décision. »

Même si la signature sur Earache leur a apporté pas mal d'attention, tourner restait un défi pour Iron Monkey. Il n'y avait pas d'avantages financiers pour les membres du groupe, qui continuaient à travailler à côté. Quant au soutien du label ou du management, ils étaient inexistants.

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Comme les autres, Greaves travaillait en parallèle, construisant des scènes pour Status Quo, Mogwai et même les Moines Shaolin. « Je devais laver leur robes oranges » se souvient-il. Durant cette période, Iron Monkey était devenu sujet à contreverse dans la presse à cause de son attitude « agressive » sur scène. Ils étaient blacklistés dans les salles Mean Fiddler à Londres, à cause de problèmes avec un promoteur. Un problème un peu gênant pour un groupe en pleine ascension.

« On ne cherchait pas la merde, mais on ne cherchait pas à l'éviter non plus. J'étais prêt à tout pour Iron Monkey, mais j'étais une plaie la plupart du temps. Tout le monde essayait de nous enculer - les promoteurs, les managers, notre label. On était têtus. On savait ce qu'on voulait faire, et personne ne pouvait nous en dissuader. Ce genre de groupe ne dure jamais [Rires]. Je veux dire, Kerrang et Terrorizer nous adoraient, mais ils avaient fini par éxagérer le truc : « Iron Monkey : le groupe qui créé des émeutes ! ». Quand on se pointait à Londres pour jouer, il n'y avait que 50 personnes ! ».

Au moment de l'enregistrement du premier album, en 1998, Iron Monkey a basculé vers un son encore plus violent et hardcore, inspiré par leur expériences chaotiques en tournée. Des morceaux comme l'ultra-rapide « Bad Year » ou le fantastique "Charlton Heston's Floor" - qui n'a pas été retenu sur l'album mais qui figurera plus tard sur la compile live Ruined By Idiots - en étaient les meilleurs exemples.

« On a continué à jouer énormément après la sortie de l'album. C'était devenu complètement ridicule. On était tellement fauchés [Rires]. Je me souviens qu'on avait joué au Dynamo, un énorme festival. Après le concert de Metallica, on cherchait des briquets et des pièces de monnaie par terre. C'était vraiment la merde. »

« On se faisait baiser par tout le monde, on nous disait qu'on allait être payés mais on voyait jamais le cul d'un billet. On s'engueulait avec le promoteur, qui était un putain de connard, il oubliait de réserver un van pour qu'on rentre chez nous, ce genre de trucs. Et je suis pas sûr que les gens étaient vraiment prêts pour un groupe qui vient balancer des briques à travers tes vitres quand tu les pines de 50 balles. Mais ce genre de somme peut vraiment faire la différence quand tu veux pouvoir rentrer chez toi. »

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Tourner était souvent risqué pour Iron Monkey, mais les derniers mois du groupes on été particulièrement sordides, à cause de la santé déclinante de Johnny, qui souffrait en silence et dans le plus grand secret, d'une maladie mortelle des reins.

« C'est devenu beaucoup plus glauque quand Johnny est tombé malade. La dernière tournée qu'on a fait avec Pro-pain, c'était vraiment l'horreur. Johnny était de plus en plus mal et personne ne savait ce qu'il avait. On était en plein été, et il portait une veste et un sweat à capuche quand il dormait dans son sac de couchage. Il frissonnait. Il devenait jaune. On a fini par aller voir un docteur en Pologne, qui nous a dit : « Si votre pote ne rentre pas en Angleterre tout de suite, il va crever ». On a appelé Earache direct - et ils n'ont pas voulu nous envoyer d'argent. Je n'oublierai jamais ce que notre manager de l'époque a dit : « Qu'est-ce que vous voulez que j'y fasse ?». Mais Pro-Pain sont les meilleurs. Ils nous ont filé de l'argent de leur stand de merch pour renvoyer Johnny à la maison. C'était même pas un prêt, ils nous ont simplement donné cet argent. Après être rentrés, on a appelé Earache et on leur a dit que c'était bon, qu'on voulait se tirer du label. Que s'ils nous empêchaient de partir, on se séparerait. Ils ne pensaient pas qu'on le ferait. Mais on l'a fait. 10 jours après la tournée. »

Johnny Morrow est mort le 22 juin 2002. Après le split d'Iron Monkey, il avait formé un nouveau groupe, Murder One, et avait commencé à travailler sur la compilation Ruined By Idiots. Voici ce que Greaves a tenu à dire sur la manière dont Earache a géré le catalogue du groupe depuis le décès de Morrow :

« De temps en temps, j'entends les conneries que raconte Earache. Ils ont fait une tonne de flouze sur notre dos, et n'ont pas pensé une seule fois à nous donner ce qu'ils nous devaient. Depuis le split, j'ai reçu un seul chèque minable de leur part. Après ça, ils ont sorti les versions vinyles de nos disques, sans nous en parler. J'ai même pas les vinyles de mes propres albums ! Sans déconner, ils ont sorti ces trucs le jour de l'anniversaire de la mort de Johnny, en 2012. Ils ont dit que c'était en mémoire de Johnny Morrow, mais ils voulaient même pas lui booker un vol quand il était en train de nous claquer dans les bras ! Qu'ils aillent se faire foutre. »

« Il faut toujours que quelqu'un meure pour qu'un groupe devienne vraiment culte. C'est déplorable, parce que Johnny était notre pote et un mec génial, et d'un coup tu as des milliers de gens qui disent qu'ils aimaient Johnny Morrow et qu'ils l'ont rencontré ou qu'ils l'ont vu jouer live et tout ça. Désolé, mais notre premier concert, on l'a fait devant 40 personnes, et le dernier devant 45. On avait rien de spécial à l'époque, et on a toujours rien de spécial aujourd'hui. La seule différence, c'est que Johnny nous manque terriblement et que le groupe est définitivement enterré. Mais je suis super fier de la musique qu'on a fait ensemble. »

Harry Sword est sur Twitter - @HarrySword.