Shame on a wigga

Loubaki à gauche, 26 ans, d’origine congolaise, habite Saint-Denis. Laurent à droite, 27 ans, Martiniquais, originaire de Drancy. Au milieu, un rappeur blanc.

Le rap, au même titre que les sports de combat et la nourriture épicée, fait partie de la longue liste des territoires culturels hostiles aux blancs du monde entier. Lorsqu’ils s’y risquent, ceux-ci tombent dans les pièges de la cérébralité, de la mauvaise copie ou plus généralement, du ridicule.

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De Vanilla Ice à Riff Raff en passant par Necro et J-Zone, l’odyssée du rap blanc est marquée par ce problème invisible, cette vibration qui transforme irrémédiablement leurs morceaux – les meilleurs, comme les plus nuls – en « rap de blanc ». Seul Paul Wall avait un temps réussi à intégrer son cul diaphane dans le rap game en faisant oublier sa couleur de peau, avant de disparaître du jour au lendemain.

Il en va de même pour leur compréhension du rap. Les blancs choisissent toujours leurs rappeurs préférés sur des critères débiles qui les ramènent inexorablement à leur condition de wannabe ; l’argument cannabis (pour Snoop), l’idée de « fusion » (dans le cas de Cypress Hill) ou un certain mode de vie bro dans lequel ils se reconnaissent (Fat Joe).

Pour tenter de clarifier tout ça, on a fait appel à deux potes à nous, Laurent et Loubaki, histoire qu’ils nous donnent leur avis sur cette zone étrange qu’est le rap de blancs. On leur a fait écouter dix morceaux représentatifs du rap blanc et du rap « pour les blancs », puis on leur a demandé d’évaluer arbitrairement le taux de blancheur de chacun d’eux – 0 étant un banger 100% thugged out, 10 un morceau des Smiths.

Laurent, en train de prouver son appartenance à la côte ouest de la région parisienne.

HOUSE OF PAIN – Jump Around

Laurent : J’avais jamais vu le clip, je savais pas que c’était des blancs qui rappaient. Pour moi c’est une grosse surprise, big up aux blancs pour ce son. Il y avait un blanc qui se sapait comme ça quand j’étais au lycée, avec des T-shirts ultra longs dégueulasses. Mais il écoutait du néo-métal, donc bon, il avait pas trop de potes, quoi.

Taux de blancheur, selon Laurent : 1/10

Loubaki : Un des sons qui sauvent le rap de blanc. Boston Celtics, des Irlandais, même couleur que la reu-bié. C’est l’exception culturelle. C’est comme Larry Bird, tout le monde croyait que c’était un blanc qui jouait dans un club d’Irlandais, en fait c’était un renoi masqué. Mais après, ils sont un peu partis en couille à faire du rock à la
« Limp Biscuit ».

Taux de blancheur, selon Loubaki : 1/10

CYPRESS HILL – Insane in the Brain

Loubaki : B-Real c’est pas un blanc. C’est comme Michael Jackson, tu sais pas s’il est blanc ou noir, c’est un « gris ». C’est un grand, encore une fois, c’est l’exception culturelle. C’est des Chicanegros, du rap de Vatos Locos du Salvador, du rap de bandit des Maras Salvatrucha. Mais c’est clairement pas du rap de blanc. Ils avaient une vraie attitude de renoi.

Taux de blancheur, selon Loubaki : 1/10

Laurent : Un renoi, c’est du bruit et des odeurs, j’approuve complètement. Mais bon, son dernier featuring avec Larusso, j’approuve pas du tout. C’est comme quand les 2 Bal 2 Neg ont fait un featuring avec Ophélie Winter. B-Real, il a vendu son âme au diable, là.

Taux de blancheur, selon Laurent : 1/10

BEASTIE BOYS – No Sleep ‘Till Brooklyn

Loubaki : Ah, les Beastie Boys. Ils viennent de perdre MCA, donc R.I.P mon frère. C’est vraiment du rap de blanc, dans le bon sens du terme. Ils faisaient ce truc un peu barré, avec des sons venus d’ailleurs. Quand ils ont fait Sabotage, les renoi du hood, ils auraient tous rêvé de faire ce morceau. Le problème, c’est que tout le rap de blanc qui est arrivé après eux, c’était pas au niveau TU VOIS – genre, Marky Mark & The Funky Bunch. Ils ont fait un morceau qui s’appelle « Good Vibrations », mais à part dans un gode, les vibrations ça sert à rien.

Taux de blancheur, selon Loubaki : 4/10

Laurent : C’est du rap de blanc, mec, c’était les premiers à se saper en Dickies. C’était des précurseurs. Mais bon j’écoute pas ça chez moi, j’écoute ça que dans les soirées de blancs. Ouais, je pratique la ségrégation du rap.

Taux de blancheur, selon Laurent : 5/10

Loubaki, visiblement perturbé par le style couleur neige de Mac Miller.

MAC MILLER – Nikes on My Feet

Laurent : Je suis pas très rap de sac à dos, mais je kiffe bien ce qu’il fait ; ses prods, son flow, j’aime même sa voix de merde. DJ Premier lui a fait un beat sur lequel il a tout déchiré. Il fait aussi des collaborations avec Static Selecta, etc. Il a l’air de jamais s’être battu de sa vie mais bon il est ricain, et ça me suffit. Doc Gynéco a dit :
« Laissons la chance au mec chez qui le son est passé par sa chambre. » Je lui laisse sa chance.

Taux de blancheur, selon Laurent : 4/10

Loubaki : Mais arrête de le sucer, sérieux. On sent des inspirations, genre Pharcyde. Busta Flex, il avait fait
« Kick avec mes Nike », je suis sûr que ce mec connaît, il a dû trainer près d’Épinay. Mac Miller, il a trop de K-Maro en lui. C’est pas tout d’aller puiser des inspirations ailleurs, mais libère-toi de cette enclume que tu traînes, mec. Y’a pas de street credibility en toi. Et puis en France, les babtous du hood, ils n’ont aucune chance de faire carrière. Les renois aussi, mais on le sait, du coup on sort un album avant d’aller en prison. Les babtous, eux, ils croient qu’ils peuvent avoir des réductions de peine, mais perpèt’, c’est perpèt’.

Taux de blancheur, selon Loubaki : 10/10

THE STREETS – Blinded by the Lights

Loubaki : Mike Skinner, c’est un peu le Germinal d’aujourd’hui, y’a de la pluie dans ce qu’il dit, y’a du vécu. Après ouais, c’est pas du vécu ghetto, il a pas pris des balles dans le dos. Mais il a une bonne écriture, j’apprécie. Ça va pas faire soulever les foules, mais ça parle à ceux qui écoutent. Même si ceux qui écoutent, c’est les lecteurs de Télérama.

Taux de blancheur, selon Loubaki : 3/10

Laurent : Sérieux, qu’est-ce que tu racontes ? J’aime pas du tout, c’est tout pourri, je tolère pas du tout. C’est du rap de blanc pour blancs, la feuille Canson. Je crache un gros glaire sur sa face, je vomis même.

Taux de blancheur, selon Laurent : 10/10

Le rap de chavs anglais sucite le débat parmi nos testeurs. 

EMINEM – The Real Slim Shady

Laurent : Y’a juste la voix et la couleur du mec qui sont blanches, sinon ça tue. C’est de la bonne merde, ce morceau.

Taux de blancheur, selon Laurent : 2/10

Loubaki : Son flow défonce, mais c’est quand même l’archétype du rap de blanc. C’est Michael Vendetta qui fait du rap, de la de-mer. On dirait de l’emo-rap. Si on m’annonçait qu’il allait faire un featuring avec The Cure, je serais pas surpris. Le rap d’Eminem, il me fait penser aux chansons de Jena Lee. Il raconte sa vie en pleurnichant, que sa mère était une junkie et une cochonne. Sérieux, mec, fais un truc bien, agite les pétrodollars, quoi !

Taux de blancheur, selon Loubaki : 9,5/10

FAT JOE ft. ASHANTI & JA RULE – What’s Love?

Laurent : J’ai porté des doo-rags pendant un an, je dormais avec, même si ça grattait. Comme tu vois, ça n’a pas duré longtemps. Je kiffe ce morceau, parce que j’ai kiffé les doo-rags et que je kiffe Ashanti. Elle est juste ultra bonne. C’est un bon son de renoi, avec en plus la plus-value des gros. Mais c’est vraiment un bon son de collé-serré. Fat Joe, c’est le Philippe Lavil américain.

Taux de blancheur, selon Laurent : 3/10

Loubaki : Fat Joe fait pas de la musique de blanc, c’est aussi un Chicanegro. Les renois écoutent ça à la maison tranquille, en cachette, à part quand ils ont une Ashanti devant eux. J’ai déjà terminé des meufs sur ce son, mais tu sais, quand t’as une meuf comme ça en face de toi, tu danses même sur la traviata si tu dois la pécho.

Taux de blancheur, selon Loubaki : 3/10

YELLE – À Cause des Garçons

Laurent : L’instru, le flow, c’est vraiment de la merde. C’est typiquement ce que t’entends dans les fêtes de blancs, un son d’éjaculateur précoce. C’est vraiment de la daube. Au suivant.

Taux de blancheur, selon Laurent : 10/10

Loubaki : Pour moi, c’est tellement du rap de blanc que j’ai l’impression de voir un carré blanc sur fond blanc, on dirait Blanche-Neige qui rappe. C’est même pas du rap de blanc, c’est de la contrefaçon, je préfère offrir un faux Vuitton chinois à ma meuf plutôt que de filer son album à mon petit frère.

Taux de blancheur, selon Loubaki : 10/10

DEATH GRIPS – Guillotine

Loubaki : Ce mec a vu qu’il restait une place à prendre dans le rap de psychopathe depuis la mort d’ODB, mais quand je vois son clip, j’ai plus l’impression d’écouter Afroman mélangé à Stupeflip. Il fait que brailler, c’est dégueulasse. C’est même pas du rap de blanc, c’est pour les transparents. ODB, c’était un mec entier, lui il s’est juste donné un style. Mets de l’argent dans ton clip, frère !

Taux de blancheur, selon Loubaki : Abstention

Laurent : Message aux blancs qui écoutent ça : reprenez-vous, c’est clairement un imposteur ! Casse-toi putain, détache ta ceinture de sécurité et rase ta fausse barbe de Dieudonné. On dirait un clip de prévention pour la sécurité routière. Il fait qu’aboyer, ce mec.

Taux de blancheur, selon Laurent : Abstention

Énervement et envie de vomir simultanés provoqués par ce type hystérique, Death Grips, au volant de sa voiture.

SNOOP DOGG ft. PHARRELL – Drop It Like It’s Hot

Laurent : Snoop, il est apprécié par les blancs parce qu’il est cool, sympa, et toujours souriant. Il fume beaucoup de weed, et le petit blanc qui veut un peu de liberté, il va chercher son matos chez un mec sapé comme Snoop. Sa musique, ça rappelle l’endroit où tu vas pécho. Ah oui, et puis y’a son film, bordel : Doggystyle.

Taux de blancheur, selon Laurent : 1/10

Loubaki : Ce mec-là, s’il est apprécié des blancs, c’est pas parce que c’est une balance, c’est qu’il a su s’entourer. Il a su se racheter après ses années thug, après avoir fait ses biftons grâce au business de la rue. Depuis qu’il a fait une apparition chez Disney, qu’il a fait un duo avec Katy Perry, les blancs le respectent. Regarde aujourd’hui, il a lâché tous les mecs trop ghetto à la Suge Knight, et il préfère les mecs à la Pharrell, qui font des couvertures de magazine avec Catherine Deneuve. T’imagines Lino d’Ärsenik faire une couverture avec Michèle Morgan ? Lacoste avait même refusé qu’ils fassent une collaboration avec eux alors qu’ils étaient leurs meilleurs VRP. Snoop Dogg, lui, a su bien s’entourer pour se faire respecter. Est-ce que ça en fait du rap de blanc ? Un peu.

Taux de blancheur, selon Laurent : 1/10

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