Je suis allée au salon du Deejaying de Paris

Photos : Anissa Radina

La semaine dernière, du 17 au 19 mars, se tenait à Paris le salon du Deejaying, ou « point de rencontre des communautés de la nuit » à en croire leur site web. Ayant grandi en Picardie, là où la jeunesse s’enivre sur des musiques populaires aux chorégraphies universelles, je voyais les DJ comme des types beaucoup trop agités aux tendances tyranniques, passant le plus clair de leur temps à toaster leurs oukases visant à quémander du bruit plutôt que d’en faire.

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Comme chaque corps de métier, les DJ s’attribuent eux aussi une appellation à la résonance flatteuse. De la même manière que j’ai été « équipière polyvalente en restauration » alors que je vendais des burgers dans une chaîne de fastfood durant mes années lycée, les DJ s’autodéfinissent comme des « professionnels de la nuit ». C’est donc pour me défaire de l’image facile que j’avais des professionnels de la nuit que je me suis rendue à Porte de Versailles, au 8e pavillon.

Après m’être frayé un chemin à travers une foule stoïque fixant un type qui se produisait devant un écran géant d’inspiration écran de veille, je me suis engouffrée dans les limbes de ce que je croyais être le salon du deejaying. J’avais pris soin de remplir le formulaire et d’imprimer ma place, ce qui m’a fait perdre, en tout et pour tout, une feuille A4 et 3 min de mon existence – prendre son air le plus étonné et prétendre avoir perdu sa place pour entrer dans le sanctuaire des communautés de la nuit s’est avéré d’efficacité égale.

Malgré l’agression sonore à laquelle j’ai été soumise dès que j’ai fini de franchir les trois portes d’entrée, j’ai mis du temps avant de prendre conscience que j’étais vraiment au salon du deejaying. La salle était divisée en stands divers – pour promouvoir par exemple la cigarette électronique lumineuse, des fauteuils en velours synthétique, des sextoys, des glaçons luminescents et un tas d’autres trucs sûrement tout aussi indispensables au monde de la nuit. Plus loin, on pouvait se faire prendre en photo avec des « quadragénaires sexy » et encore plus loin, lancer des balles de ping-pong dans des gobelets en plastique.

Je ne sais pas si les organisateurs ont voulu créer une ambiance parc d’attractions à ciel ouvert au centre de la Chine ou si la fumée « senteur popcorn » diffusée à outrance relevait du problème technique, mais il était impossible de voir à plus de 3 mètres. Des jeunes filles munies d’un vaporisateur portable se déhanchaient en embrumant les visiteurs.

J’ai essayé d’interagir avec quelques personnes, mais coller sa joue à celle des autres et crier à même leur orifice auditif était la seule manière de se faire approximativement entendre. J’ai quand même réussi à parler à un promoteur de Chippendales qui est resté très évasif quant aux offres et services que sa petite entreprise proposait.

Des filles plus ou moins dénudées effectuaient des mouvements d’inspiration vaudou en symbiose avec les sons emprunts de différents styles musicaux qui émanaient des 4 coins du salon et qui s’accouplaient en un brouhaha infernal. Ce sont ces filles qui amassaient le plus de monde, avec celles qui distribuaient gratuitement des canettes de boissons énergisantes.

Plus excentrée, une petite table de mixage faisait le bonheur des vrais aficionados du Deejaying. C’est l’une des seules parties du salon qui collait avec son intitulé.

Au bout d’une heure, alors que je déambulais dans les limbes brumeuses et colorées du salon, ma vision altérée par les jeux de lumières et les poumons gonflés au popcorn, je suis enfin tombée sur ce qui semblait être un DJ. Des casques étaient mis à disposition de la foule qu’il n’y avait pas. Cet amas de casques bringuebalant dans les airs donnait à la scène un air cimetière des éléphants ;  comme si tous les DJ s’étaient rendus là avant de disparaître à tout jamais du salon.

Au bout de deux heures, j’ai jugé préférable pour mon système auditif de me tirer. Sur le chemin, je suis passée devant un stand qui proposait des massages du cuir chevelu. Une fois sortie, j’ai tourné la tête une dernière fois pour m’assurer que je venais de visiter le salon du deejaying. Après confirmation, je suis rentrée chez moi, j’ai un peu pleuré et j’ai appelé mon rédacteur en chef pour lui dire tout le bien que je pensais de ses idées de sujet.

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