Boko Haram pénètre au Niger pour la première fois

Alors que le pays doit voter l’envoi de son armée au Nigeria ce lundi, le groupe islamiste a mené une attaque ce vendredi depuis le Nigeria dans le village frontalier nigérien de Bosso.

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févr. 6 2015, 4:25pm

Membres de l'opération Barkhane en mission : État-major des armées / Ministère de la Défense

Le groupe islamiste nigérian de Boko Haram a lancé ce vendredi 6 février sa première attaque au Niger voisin, lors d'une offensive sur la ville de Bosso qui se trouve juste derrière la frontière, côté nigérien. L'état-major des armées françaises a reconnu ce jeudi la présence de militaires français à Diffa au Niger, à seulement quelques dizaines de kilomètres de Bosso pour aider les armées tchadiennes, nigériennes.

La BBC rapporte que des soldats tchadiens et nigériens postés à Bosso, dans une base militaire ont engagé le combat avec les assaillants de Boko Haram qui attaquent à l'arme lourde. Reuters annonce qu'au moins cinq soldats nigériens ont été blessés dans l'assaut et que l'armée tchadienne a bombardé les assaillants de Boko Haram.

Lundi 10 février, le Parlement nigérien doit se prononcer sur l'envoi de troupes au sol au Nigeria pour contrer Boko Haram, très actif dans cette région où les frontières du Tchad, du Nigeria, du Niger et du Cameroun se rejoignent.

Cette attaque survient 3 jours après la première incursion des islamistes en dehors du Nigeria. Les troupes de Boko Haram s'étaient introduites mardi 3 février dans la ville de Fotokol au Cameroun faisant au moins 70 morts d'après les autorités locales. Craignant une attaque côté nigérien, des centaines de véhicules, dont des chars tchadiens s'étaient immédiatement déployés le long de la frontière entre le Niger et le Nigeria entre les villes de Bosso et de Diffa, où sont justement basés les Français.

Contacté par VICE News ce vendredi matin, avant l'attaque, un porte-parole du gouvernement nigérien avait déclaré « espérer que l'envoi des troupes soit validé par le Parlement lundi. C'est une question de sécurité intérieure pour nous. » Ce vote parlementaire doit décider de l'engagement de troupes nigériennes chez le voisin nigérian pour stopper la progression du groupe islamiste connu pour ses exactions, notamment des enlèvements de jeunes filles.

Aider l'armée nigérienne à s'organiser

L'état-major des armées françaises (EMA) a annoncé jeudi 5 février dans un communiqué la présence depuis fin janvier d'une quinzaine de militaires français à Diffa au Niger, à la frontière avec le Nigeria, à la demande des autorités nigériennes qui font face à la menace du groupe islamiste Boko Haram. Pour la première fois, l'armée française reconnaît donc contribuer officiellement à la lutte contre la secte nigériane.

Cette mission a été « mise en place fin janvier, mais nous n'avons pas d'information sur sa durée, » précise une porte-parole de l'EMA contactée par VICE News ce vendredi matin. « Si nos partenaires du G5 Sahel, dont le Niger fait partie [NDLR, avec la Mauritanie, le Mali, le Burkina Faso et le Tchad] sont fragilisés, cela met en danger l'opération Barkhane [NDLR, l'opération de l'armée française au Sahel pour lutter contre les groupes djihadistes], » conclut la représentante de l'armée française.

L'ancien général de corps d'armée aérien et ex-conseiller du ministère de la Défense, Michel Asencio explique à VICE News que, « Le but n'est pas d'attaquer Boko Haram pour la France. Les forces tchadiennes sont déjà bien armées. Nous allons amener notre savoir-faire en matière de reconnaissance et de stratégie pour aider les forces étrangères à attaquer les points sensibles de Boko Haram. » Interrogé sur la possibilité de voir l'action française se centraliser sur la lutte contre les islamistes nigérians, l'EMA confirme les impressions de l'ancien conseiller, « Ce n'est pas notre combat, » pose la porte-parole.

« Containment » à la française

Pour Jean-Claude Allard, directeur de recherche et spécialiste des questions de Défense à l'Institut de relations internationales et stratégiques, ce détachement « s'ancre dans une réflexion générale. L'intervention française au Mali [commencée en janvier 2013] a été motivée par la menace de groupes djihadistes [NDLR, principalement AQMI et Ansar Dine] établis dans le Nord du Mali. » Selon l'expert que nous avons contacté, « Cette pression qui s'exerçait au Nord de la zone sahélienne s'est transportée au Sud de celle-ci, autour du lac Tchad aux frontières du Nigeria avec le Niger, le Tchad et le Cameroun, » ces trois pays craignant l'incursion de Boko Haram sur leurs territoires respectifs.

Cette transposition du foyer de menace au Sud de la zone couverte par l'opération Barkhane a motivé l'envoi de cette quinzaine de « cerveaux chargés d'aider les armées alliées de la France à la planification et à la coordination de leurs actions, » selon Allard. Pour Michel Asencio cet appui stratégique mis à disposition du Niger, permet de continuer « La stratégie de « containment » de la France et donc de contenir l'expansion du califat. » Califat que Boko Haram tente d'imposer au-delà des frontières nigérianes. Ce type de détachement permet à la France « d'intervenir sans trop s'engager, » pour Asencio.

Lors de l'hommage rendu le 3 février aux neuf soldats qui ont perdu la vie dans le crash d'un avion F-16 sur la base aérienne espagnole d'Albacete, François Hollande a déclaré que les avions français survolaient « le Nigeria […] en ce moment. » L'Élysée a ensuite démenti cette information indiquant simplement qu'elle coopérait « à la lutte contre Boko Haram au sein de la cellule de renseignement internationale. » L'EMA, contacté par VICE News ce matin, a précisé effectuer « Des survols ponctuels des frontières que le Nigeria partage avec le Niger et le Tchad pour apprécier la situation. »

Suivez Pierre Longeray sur Twitter @PLongeray

Photo: Membres de l'opération Barkhane en mission : État-major des armées / Ministère de la Défense

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