I – Un loup est entré dans Paris

Comment une meute se constitue-t-elle… Comment des loups, vivant seuls et suffisant à leurs besoins, décident-ils de coopérer ? Malgré une lecture assidue de Jack London, je dois reconnaître que je n’en ai pas la moindre idée. La filiation, la hiérarchie, les saisons, l’entente et l’odeur ont sans doute un rôle à jouer. Mais peut-être existe-t-il aussi d’autres paramètres, que Tyler, le héros de Never Cry Wolf lui-même n’avait pas complètement saisis.

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Peut-être, enfin, que ce qui est valable pour le Loup des Steppes et celui d’Alaska l’est également pour le loup des villes.

La Wolfpack Edition 2015 d’Eristoff raconte la création d’une meute. Un p’tit loup est entré dans Paris, il y a quelques années. L’histoire ne dit pas s’il est passé par Issy ou par Ivry : on se contentera de savoir que Nairone a fait les Gobelins et qu’il écumait les rues, Gym Class Heroes dans les oreilles, une bombe entre ses mains prêtes à hurler.

II – Le choix de la Meute

Pourquoi la vodka géorgienne a-t-elle jeté son dévolu sur des street-artists ? On aurait pu imaginer les descendants du Duché de Ratcha jeter leur dévolu sur une autre meute : un écrivain bravache et russophile, Sylvain Tesson, traversant les steppes dans un side-car soviétique, ses acolytes, photographe ou romancier, dans le panier. Après tout, la gueule cassée de la littérature française s’y connaît en la matière : dans les forêts de Sibérie, elle semait les bouteilles de vodka avant l’arrivée de la neige pour attendre patiemment le dégel et leur réapparition, au chaud dans sa cabane. Mais nul doute que pour lui, seul le contenu qui réchauffe la gorge et fait oublier un peu la solitude a de l’importance. Surtout, on voit mal une bouteille destinée aux clubs barrée d’un drapeau napoléonien et couverte de citations empruntées à Dostoïevski. Et pour finir, et c’est là le plus important, tout cela n’aurait aucun sens : Eristoff a décidé il y a longtemps de laisser s’exprimer des artistes urbains, et la marque n’est pas prête à en démordre. En témoigne leur édition de l’an dernier, qui avait donné naissance à une belle collaboration entre Oxmo Puccino et Mambo.

III – Werewolves of New York

Armé de son Posca et de son accent à couper au couteau, Nairone a donc fait Paris-New-York une bouteille à la main, pour rencontrer Travie McCoy. Le tatoueur-graffeur est avant tout connu pour son rôle de frontman au sein de Gym Class Heroes, groupe phare des années 2000. Aujourd’hui en plein décollage de sa carrière solo, Travie a pris le temps de faire découvrir sa ville à Nairone.

Les deux compères ont-il tracé de nuit, des bombes dans les sacs-à-dos, mi-hommes mi-loups, à la recherche d’un mur vierge à conquérir ? L’histoire ne le dit pas. On sait qu’ils se sont attablés, et attaqués à un nouveau support. Peu de gens peuvent se targuer d’avoir dessiné sur une bouteille autrement que lors d’une soirée bien arrosée. Eux s’y sont attaqués, s’exprimant sur le cylindre de verre comme sur leurs autres espaces de prédilection. Mais la Grosse Pomme à peine croquée, il était temps de filer un peu plus à l’ouest, parce que c’est toujours là que ça se passe.

IV – Ils ont vu le Loup

La route vers l’ouest prend alors des airs de voyage dans les temps : on ne parcourt pas près de 5000 kilomètres pour voir n’importe qui. Nairone et Travie, l’Européen et le New-Yorkais, se rendaient en Californie pour y trouver leur Mâle Alpha : celui qui mènerait la meute pour lui permettre de concrétiser son projet. Et qui d’autre que Jim Philips pour endosser le rôle ? Le vieux barbu, Californien pur jus, a dessiné il y a longtemps une main bleue dont la paume contient une bouche hurlante. À jamais liée à la marque de skate Santa Cruz, dont il est directeur artistique depuis 40 ans, sa main hurlante s’est déclinée sur tous les supports et s’est imposée comme une œuvre de référence de la skate-culture. Mais les vieux loups sont souvent sages : ils savent qu’il est important de faire une place aux nouveaux venus. C’est pourquoi Jim a ouvert grand les portes de son atelier à ses camarades de l’est. Lesquels ont, noblesse oblige, laissé à l’ancien l’honneur de dessiner la tête de loup qui orne la bouteille.

Le résultat de ces rencontres, c’est la Wolfpack Edition, qui associe les graphismes de trois générations de street-artists issus de centres névralgiques de la street-culture différents : Paris, New-York et la Californie.

Nous vous rappelons que l’alcool est à consommer avec modération.

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