L’Amour fou
À bout de souffle
Vivre sa vie et Allemagne année 90 neuf zéro
Les Enfants jouent à la Russie
Cinéastes de notre temps
Vice : J’ai vu que vous aviez des livres du Terrain Vague chez vous.
André S. Labarthe : J’ai toujours aimé Le Sadisme au cinéma, qu’il a édité. Y’avait pas un livre d’Ado Kyrou chez lui ?
Amour-érotisme & cinéma Quoi donc ?
Ah ouais, il a aussi édité les poètes de la Génération Électrique et de la Revue Bizarre, non ?
Revue Bizarre Tous ces trucs sont introuvables, maintenant.
Cahiers Pourquoi tu disais « en dehors des pornos » tout à l’heure ?
« Clandé » ?
Ah, ah. C’est quoi les titres de ceux que tu as faits ?
Tu suivais une méthode particulière pour écrire tes scènes de cul ?
À l’époque, tu faisais différents boulots d’écriture, non ?
Radio Cinéma Télévision Télérama Dans leur logique, le film faisait l’éloge de l’adultère, c’est ça ?
Rires Mais quand, en 1965, vous êtes retourné dans cette salle de rédaction pour filmer leurs réactions et commentaires, dans le cadre de votre documentaire sur Godard, c’était une manière de leur dire : « Je vous emmerde, vous m’avez peut-être viré mais je continue la critique, et en plus je fais mieux puisque je ne l’écris plus, je la filme ! »
Est-ce que vous revendiquez votre appartenance à ce que l’on a appelé plus tard la Nouvelle Vague ?
Il y a une autre idée qui identifie cette vague nouvelle, c’est celle de la vocation contrariée ou suspendue de la littérature.
Mais vous aussi êtes venu à Paris pour écrire ?
Cahiers Pourquoi ?
King Kong Peter Ibbetson Parfois le Dimanche.
L’Âge d’or Il n’est ressorti que dans les années 1980. Et puis comme dirait l’autre, « les plus grands films sont ceux que l’on ne voit pas ».
Vous entendez par là que ce n’est pas le film lui-même qui vous influence ?
Aux Cahiers, il était possible d’écrire sur des films pas encore vus.
Ce qui paraîtrait totalement immoral aujourd’hui. Il y a le début d’une fiction de Pascal Bonitzer où le héros – un critique de cinéma – se fait humilier après avoir avoué qu’il a écrit une critique sur un film qu’il n’a pas vu.
En résumé, votre style peut se percevoir selon trois modalités. D’abord, se débarrasser des apriori de départ. Ensuite, créer une véritable distance avec l’objet filmé, une sorte de nonchalance presque dédaigneuse.
Comme si filmer pour vous n’était pas…
Euh, non. Je connais Nazimova mais j’imagine que ce n’est pas ça. Finalement, prendre tout cela par-dessus la jambe, ça se rapporte à une sorte de goût aristocratique de déplaire.
Ce qui justement nous amène à la troisième attitude qui est : à partir du moment où il n’y a pas de préconceptions, où vous êtes peu impliqué, on pense à un genre de sagesse asiatique. Vous laissez le réel entrer dans le jeu et il arrive d’autant plus fortement.
L’accident.
Et du coup, qu’est-ce que vous avez fait ?
Ça me fait penser à la façon dont Orson Welles savait lui aussi intégrer merveilleusement les accidents sur ses tournages ou au théâtre.
Othello Tu te situes entre Orson Welles et Jean Painlevé, quoi.
Hein ?
À ce moment-là, des déménageurs passent et font tomber un vase juste devant nous. Vous avez une théorie sur le verre qui se brise ? Ça hante un grand nombre de vos films. C’est fou qu’on vienne d’assister à ça.
Vous avez envie d’autre chose ?
Vous pensez à des films en particulier ?
L’Âge d’or Mais la limite entre la vie et la fiction est parfois effacée par les cinéastes comme Godard, par exemple. D’ailleurs, vous avez participé à son premier film, non ?
Il a utilisé le terme « film-action », j’aime bien ça. J’imagine que vous traîniez le soir avec lui du côté de Saint-Germain et que vous deviez avoir des scénarios de drague assez rodés.
Ah d’accord, pas de drague alors ?
Vivre sa vie Pour en revenir au rêve, on oublie souvent que jusqu’aux années 1970, faire la critique d’un film était compliqué : pas de DVD, DIVX, VHS… Si on voulait voir un film, il fallait se déplacer dans une salle de cinéma.
Et les oublis ?
La technique était un problème dès le début puisque le cinéma, c’est d’abord une invention technique avant d’être un art.
La vamp, la femme immortelle.
Ah, ah, je vois.
Laquelle ?
Quoi donc ?
L’Avventura Dans L’Avventura, il liquide aussi le personnage principal.
Pour combattre ce temps, vous avez choisi de filmer les cinéastes.
Les Cahiers C’est vrai, mais j’ai lu les Cahiers quand même.
Cinéastes de notre temps Cahiers Comment ça ?
Si vous deviez vous présenter à une jeune fille de 20 ans, qu’est-ce que vous diriez ?
Et alors ?
Est-ce que cette réputation d’accumulateur de rien vous a poursuivi jusqu’à Hollywood ?
Ben… Comment vous vous arrangiez avec eux au moment du tournage – ils devaient bien se rendre compte de ce rapport que vous aviez avec les accidents de parcours pendant les tournages ?
Ça me fait penser à Cendrars qui affirme que Hollywood est le nombril du monde. Vous allez dans un bar et paf! vous tombez sur Delmer Daves. Je crois me rappeler que vous avez vu Joan Collins se faire mettre dans les chiottes par deux fervents admirateurs.
Ouais. Alors en 1964, vous débarquez à Hollywood avec Peter Knapp.
Ah OK ! Pas un film sur un cinéaste, mais plus sur le cinéma… Pourquoi la Warner ?
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André S. Labarthe : J’ai toujours aimé Le Sadisme au cinéma, qu’il a édité. Y’avait pas un livre d’Ado Kyrou chez lui ?
Amour-érotisme & cinéma Quoi donc ?
Ah ouais, il a aussi édité les poètes de la Génération Électrique et de la Revue Bizarre, non ?
Revue Bizarre Tous ces trucs sont introuvables, maintenant.
Cahiers Pourquoi tu disais « en dehors des pornos » tout à l’heure ?
« Clandé » ?
Ah, ah. C’est quoi les titres de ceux que tu as faits ?
Tu suivais une méthode particulière pour écrire tes scènes de cul ?
À l’époque, tu faisais différents boulots d’écriture, non ?
Radio Cinéma Télévision Télérama Dans leur logique, le film faisait l’éloge de l’adultère, c’est ça ?
Rires Mais quand, en 1965, vous êtes retourné dans cette salle de rédaction pour filmer leurs réactions et commentaires, dans le cadre de votre documentaire sur Godard, c’était une manière de leur dire : « Je vous emmerde, vous m’avez peut-être viré mais je continue la critique, et en plus je fais mieux puisque je ne l’écris plus, je la filme ! »
Est-ce que vous revendiquez votre appartenance à ce que l’on a appelé plus tard la Nouvelle Vague ?
Il y a une autre idée qui identifie cette vague nouvelle, c’est celle de la vocation contrariée ou suspendue de la littérature.
Mais vous aussi êtes venu à Paris pour écrire ?
Cahiers Pourquoi ?
King Kong Peter Ibbetson Parfois le Dimanche.
L’Âge d’or Il n’est ressorti que dans les années 1980. Et puis comme dirait l’autre, « les plus grands films sont ceux que l’on ne voit pas ».
Vous entendez par là que ce n’est pas le film lui-même qui vous influence ?
Aux Cahiers, il était possible d’écrire sur des films pas encore vus.
Ce qui paraîtrait totalement immoral aujourd’hui. Il y a le début d’une fiction de Pascal Bonitzer où le héros – un critique de cinéma – se fait humilier après avoir avoué qu’il a écrit une critique sur un film qu’il n’a pas vu.
En résumé, votre style peut se percevoir selon trois modalités. D’abord, se débarrasser des apriori de départ. Ensuite, créer une véritable distance avec l’objet filmé, une sorte de nonchalance presque dédaigneuse.
Comme si filmer pour vous n’était pas…
Euh, non. Je connais Nazimova mais j’imagine que ce n’est pas ça. Finalement, prendre tout cela par-dessus la jambe, ça se rapporte à une sorte de goût aristocratique de déplaire.
Ce qui justement nous amène à la troisième attitude qui est : à partir du moment où il n’y a pas de préconceptions, où vous êtes peu impliqué, on pense à un genre de sagesse asiatique. Vous laissez le réel entrer dans le jeu et il arrive d’autant plus fortement.
L’accident.
Et du coup, qu’est-ce que vous avez fait ?
Ça me fait penser à la façon dont Orson Welles savait lui aussi intégrer merveilleusement les accidents sur ses tournages ou au théâtre.
Othello Tu te situes entre Orson Welles et Jean Painlevé, quoi.
Hein ?
À ce moment-là, des déménageurs passent et font tomber un vase juste devant nous. Vous avez une théorie sur le verre qui se brise ? Ça hante un grand nombre de vos films. C’est fou qu’on vienne d’assister à ça.
Vous avez envie d’autre chose ?
Vous pensez à des films en particulier ?
L’Âge d’or Mais la limite entre la vie et la fiction est parfois effacée par les cinéastes comme Godard, par exemple. D’ailleurs, vous avez participé à son premier film, non ?
Il a utilisé le terme « film-action », j’aime bien ça. J’imagine que vous traîniez le soir avec lui du côté de Saint-Germain et que vous deviez avoir des scénarios de drague assez rodés.
Ah d’accord, pas de drague alors ?
Vivre sa vie Pour en revenir au rêve, on oublie souvent que jusqu’aux années 1970, faire la critique d’un film était compliqué : pas de DVD, DIVX, VHS… Si on voulait voir un film, il fallait se déplacer dans une salle de cinéma.
Et les oublis ?
La technique était un problème dès le début puisque le cinéma, c’est d’abord une invention technique avant d’être un art.
La vamp, la femme immortelle.
Ah, ah, je vois.
Laquelle ?
Quoi donc ?
L’Avventura Dans L’Avventura, il liquide aussi le personnage principal.
Pour combattre ce temps, vous avez choisi de filmer les cinéastes.
Les Cahiers C’est vrai, mais j’ai lu les Cahiers quand même.
Cinéastes de notre temps Cahiers Comment ça ?
Si vous deviez vous présenter à une jeune fille de 20 ans, qu’est-ce que vous diriez ?
Et alors ?
Est-ce que cette réputation d’accumulateur de rien vous a poursuivi jusqu’à Hollywood ?
Ben… Comment vous vous arrangiez avec eux au moment du tournage – ils devaient bien se rendre compte de ce rapport que vous aviez avec les accidents de parcours pendant les tournages ?
Ça me fait penser à Cendrars qui affirme que Hollywood est le nombril du monde. Vous allez dans un bar et paf! vous tombez sur Delmer Daves. Je crois me rappeler que vous avez vu Joan Collins se faire mettre dans les chiottes par deux fervents admirateurs.
Ouais. Alors en 1964, vous débarquez à Hollywood avec Peter Knapp.
Ah OK ! Pas un film sur un cinéaste, mais plus sur le cinéma… Pourquoi la Warner ?