
Quand on me dit Delorean, je pense à Retour vers le futur et plus spécifiquement à la caisse qui était garée en permanence près de chez moi. J’étais persuadée que son propriétaire était un étalon grec de 38 ans qui vivait toujours chez sa mère, aimait les divorcées nymphos et le gel capillaire. J’extrapole, mais on parle quand même d’une voiture à portes verticales, ça fait travailler l’imagination. Ce qui explique que Gruff Rhys, de Super Furry Animals, et Boom Bip, de Lex, ont collaboré sur un album consacré à son créateur, John Delorean.
Vous pouvez nous parler de la naissance de Neon Neon ?
Bip Boom : On a enregistré notre premier single il y a trois ans. Lex était en tournée avec les Super Furry Animals. Dès le départ, il y avait cette drôle de vibe hollywoodienne. Par exemple, on prenait notre petit-déjeuner dans un diner merdique au milieu de nulle part, on était en train de manger, de parler musique, quand Bill Murray est entré.
Gruff : J’avais l’impression de le connaître, on n’est pas allés l’emmerder. Dix minutes après, Courteney Cox s’est garée dans le parking. Des trucs comme ça arrivent tout le temps à Hollywood.
Donc Neon Neon parle d’Hollywood ?
Bip : Gruff et moi, on voulait enregistrer un album de disco barrée à L.A. Mais peut-être qu’en réalité on parle plus d’amour fraternel.
Gruff : Ouais. De la baston et des mollards. De l’amour fraternel agressif.
Gruff, en tant que hippie gallois, tu avais une image particulière de L.A avant d’y aller ?
Gruff : Ouais, que c’était un endroit sinistre. On voulait faire un disque sur John Delorean, l’industriel qui fréquentait le show-biz. Ce type taré s’est fait faire un implant au menton dans les années soixante. Il a été le premier à placer ses produits dans les films. C’est pour ça qu’il y a autant de chansons sur ses voitures. Mais ça a mal tourné pour lui.
Comment ça ?
Gruff : C’était un escroc. Attention, pas l’arnaqueur moyen : il a réussi à rouler un tas de monde, de Johnnie Carson au Gouvernement anglais. Je suis fasciné par le coup qu’il a fait en Irlande, à la fin des années soixante-dix. Il a convaincu le Gouvernement britannique de donner soixante millions de livres sterling à son entreprise, en échange de quoi il créerait des emplois à Belfast. Thatcher lui a donné trente millions. Et tout s’est cassé la gueule.
Comment ça s’est terminé ?
Bip : Arrêté pour possession de cocaïne, en 1984. Ils l’ont pris la main dans le sac mais il n’a fait que dix jours de prison.
Gruff : Puis, l’usine de Belfast a mystérieusement brûlé, et tout le monde a perdu son boulot. Une vraie enflure.
Le bâtard…
Bip : C’était le parrain de tous les tordus de L.A. Il était obsédé par la célébrité et il a fait en sorte d’en devenir une. C’est un précurseur de ce qu’est Hollywood aujourd’hui : superficiel et glauque, une matière première géniale pour un album disco.
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(Photo by Jayce Illman/Getty Images)
