L’autre soir j’ai croisé les mecs de l’édito de VICE dans un pub. J’ai toujours eu envie d’écrire pour VICE, et j’étais très, très bourré. Du coup, j’ai cru que ça serait une bonne idée de leur pitcher quelques idées pour des articles. Au lieu d’écouter ce que je leur disais ils m’ont demandé de faire un concours de boisson avec ma mère et de le raconter en 5000 caractères. Ils se foutaient sûrement de ma gueule. Mais je l’ai quand même fait. Et c’est ce que vous êtes en train de lire.
Ça c’est une photo de nous deux sobres. Vous êtes sûrement en train de vous dire que latter une mère de deux enfants à un jeu d’alcool est un truc simple, mais, a) je suis plutôt maigrichon, b) ma mère est à l’origine de plein d’histoires qui commencent par « Tu te souviens de cette fois où maman était tellement bourrée qu’elle a traité son ancien boss de fils de pute devant son nouveau boss, et a ensuite passée le reste de la soirée à gueuler “fils de pute” à qui voulait l’entendre dans un restau italien de Chelsea ? » (Une histoire qu’elle nie toujours aujourd’hui. Et ce post est sûrement l’occasion pour mon père de découvrir cette histoire. Désolé maman.)
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ROUND 1 : LE 60
Les règles sont simples : le premier qui dégueule perd.
On a décidé de commencer avec une partie de 60 ; la consigne : prendre une gorgée de bière par minute pendant une heure. Ça a l’air facile sur le papier, mais en réalité c’est l’un des trucs les plus sournois conçus par l’être humain. Pour être totalement impartial, j’ai demandé à ma copine de nous fournir une analyse neutre de la situation :
« Rachel se sent “ballonnée”. Elle veut passer aux alcools forts. Pour l’instant il n’y a aucun signe d’ébriété chez elle. Joe affirme être un peu bourré. Il pense néanmoins être tranquille une fois qu’ils vont passer aux alcools forts. Plusieurs “bonne chance, tu vas en avoir bien besoin” sont lâchés de part et d’autre. »
ROUND 2 : JE N’AI JAMAIS
Tout le monde connait les règles de ce jeu qui consiste à annoncer que l’on n’a pas fait quelque chose, et si l’autre participant a fait cette chose, il doit boire. C’était mon idée de rendre cette compétition plus intéressante en essayant de révéler les secrets de ma mère au grand jour tout en flirtant autant que possible avec Œdipe et ses complexes. Malheureusement pour moi, j’ai sous-estimé sa capacité à maîtriser les tenants et les aboutissants du « je n’ai jamais » et à s’en servir pour en apprendre le plus possible à mon sujet tout en me foutant la honte devant le reste de ma famille (et vous). À ce moment de la soirée, la compétition a pris un autre tournant. Voici un petit extrait de ce qu’il s’est passé :
Maman : Je n’ai jamais pris de cocaïne.
Moi : [boit]
Maman : Oh ! Je le savais.
Moi : Je n’ai jamais conçu un enfant dans un Center Parks.
Maman : [boit]
Moi : Euh. Je le savais. Je n’ai jamais baisé sur une plage.
Maman : [boit] Elle raconte une histoire où elle a couché avec mon père sur une plage avec la BO des Dents de la Mer en fond sonore, mais je ne vais pas la retranscrire ici parce que c’est ma mère.
Cette fois-ci, c’est la copine de mon frère qui nous livre son analyse impartiale de la situation :
« Les masques sont tombés. Plus aucun sujet n’est tabou. Rachel jure, parle très fort et se marre beaucoup. Joe cri beaucoup trop et maintient qu’il n’est pas bourré même s’il a désormais du mal à utiliser un truc aussi simple qu’une porte. Ce qui est quelque chose de normalement faisable pour une personne sobre. »
ROUND 3 : SHOTS JUSQU’À LA MORT
Ayant utilisé les deux seuls jeux d’alcool que je connaisse, on a décidé de boire des shots jusqu’à ce que quelqu’un n’en puisse plus. À ce moment de la partie, je savais que j’allais perdre, mais par fierté, j’ai décidé de continuer malgré tout. Certaines révélations mettaient mal à l’aise la copine de mon frère, alors que la mienne était indifférente jusqu’à ce que ma mère révèle qu’elle avait été la maîtresse de quelqu’un. À ce moment précis je me suis mis en tête de choper de la weed, mais quand la drogue est enfin arrivée, je ne tenais plus debout. Mon père m’a dit de lui filer et qu’il la garderait pour moi jusqu’au lendemain matin. J’étais OK avec cette idée, et je suis content de l’avoir écouté, parce que deux shots plus tard, voilà ce qu’il s’est passé :
Vous ne pouvez pas imaginer l’air satisfait de ma mère au moment de prendre cette photo.
C’était un mélange entre « J’te l’avais dit » et « Retourne jouer dans le bac à sable, p’tite fiotte ».
Et c’est à peu près tout ce dont je me souviens. J’ai perdu ce face à face freudien et me suis retrouvé cinq minutes plus tard allongé avec une bassine au pied du lit. Ma copine et ma mère ont continué à s’enfiler des shots encore quelques heures jusqu’à ce que, elle aussi, vomisse ses entrailles – ah !
Le lendemain, elle m’a tenu pour responsable de sa gueule de bois. Je lui ai dit que ce n’était pas de ma faute si elle avait continué à boire après la fin de la compétition. En ce qui me concerne, je ne ramassais aucunement quand je me suis levé. J’étais debout à 9h, frais comme un gardon. Elle décuvait encore le dimanche matin, et le jour d’après aussi. À chacun sa victoire, les vieux.



