Foals ne deviendront jamais les Rolling Stones, et ils ne veulent pas être Coldplay non plus

Jack Bevan et Edwin Congreave nous ont parlé de leur nouvel album, « What Went Down », qui sème le doute et la division au sein de la critique rock.

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07 Septembre 2015, 2:45pm

Avec What Went Down, le quartet d'Oxford tente la passe de quatre. Loin du chef-d'œuvre, ce nouvel album vaut toutefois mieux que l'accident industriel décrié sur pas mal de blogs, comptes Twitter et autres sites plus ou moins spécialisés. Avant de les clouer sur la croix déjà bien branlante de la pop music, laissons quand même à Jack Bevan et Edwin Congreave, respectivement batteur et synthéman, le droit élémentaire de faire jouer la présomption d'innocence. Détendu et serein à la barre des accusés, ils nous ont reçu en chaussettes, la tenue idéale pour s'expliquer sur une maladie qui ne guettera jamais Salut C’est Cool : le succès mondial et la crise de croissance qui l'accompagne forcément.

Noisey : Foals est devenu si énorme que vous vous êtes offerts le luxe d'annuler l'émission « L'album de la semaine » sur Canal +, c'est ça ?
Jack Bevan : Non, c'est pas du tout ça. C'est à cause d'une laryngite virale que Yannis a attrapé. C'était jamais arrivé jusqu'ici. Alors on a du annuler cette émission et un autre gros truc en Grande-Bretagne. En pleine promo. Ca craint mais c'est comme ça. On déteste annuler, on ne l'a quasiment jamais fait en 8 ans d'existence. À La Route du rock, notre bassiste est tombé malade deux heures avant le concert et on a quand même joué avec quelqu'un pour le remplacer.

Vous avez donc un remplaçant pour le bassiste, mais personne pour remplacer le chanteur en cas de panne?
Edwin Congreave :
Non, c'est Rubin, notre technicien guitare qui avait remplacé Walter [Gervers, le bassiste]. À force de les entendre, il connaît nos chansons par cœur. Mais Foals sans Yannis, c'est plus Foals. Ca serait trop bizarre.

La pochette de What Went Down est glauque et le titre fout un cafard monstre. Vous êtes déprimés en fait ?
Jack :
Toujours. Non...En fait le titre n'est pas si négatif que ça. Il y a de l'ambiguïté dedans.

Edwin : Pour moi c'est un titre assez agressif qui colle bien avec l'artwork très sombre du disque. C'est une manière d'entrer dedans, mais l'album va bien au-delà de ça.

C'est qui, sur la pochette ?
Jack :
On n'en sait rien.

À d’autres !
Jack :
C'est un cliché d'un photographe japonais, Daisuke Yokota. Yannis est allé à une de ses expos à Londres et il a aimé. Alors on lui a demandé s'il était d'accord pour collaborer avec nous. Et il a accepté. Pour la pochette on avait pas mal d'options, mais celle là collait bien au titre de travail de l'album.

Vous changez de producteur à chaque album. David Sitek, Luke Smith, Flood, Alan Moulder... et maintenant James Ford, qui a produit les Arctic Monkeys et surtout Klaxons, un des pires groupes du monde. Pourquoi ce choix ?
Jack : Pire groupe du monde ? Ahahah, tu y vas fort. Pour nous c'était le type idéal. Il a un background plutôt dance avec Simian Mobile Disco, et ça nous a toujours intéressé. Notre musique est vraiment un mélange de rock et de dance music. Et puis il a aussi produit des trucs plus punchy, des vrais disques de rock. Quand on l'a rencontré pour en parler, c'est devenu évident. Tout le groupe était d'accord pour bosser avec lui.

L'album a été enregistré en France, aux studios de La Fabrique à Saint-Remy-de-Provence…
Edwin :
On aime la France et le beau temps, donc ça semblait un bon choix. D'autant que Nick Cave ou Morrissey ont déjà bossé là-bas. On ne parle pas de petits groupes pop, là, hein.

Après tous ces concerts, toutes ces années à jouer les mêmes morceaux, pensez-vous toujours que jouer dans un groupe est le plus beau job du monde ?
Edwin :
Des gens tueraient pour être à notre place. Même si c'est aussi beaucoup de temps vide. Voyager, c'est super et en même temps ça peut être chiant, tu passes ta vie à attendre.

Jack : On a plutôt eu de la chance d’être là où on en est aujourd’hui. C'est plus difficile pour des petits groupes je pense, parce que de moins en moins de gens achètent des disques. Et puis notre manager et notre label nous soutiennent. Sans ça, ce serait franchement difficile.

Vous ne vendrez de toute façon pas des disques toute votre vie pour devenir les futurs Rolling Stones. Avez-vous déjà pensé à votre reconversion ?
Jack :
Franchement, j'essaie de ne pas y penser. Y penser, ce serait déjà me dire que la fin du groupe est proche, et on n'en est pas là. On a encore au moins un ou deux albums à sortir.

Edwin : L'énergie du groupe est intacte. Si on pensait à la suite, elle disparaitrait. La jeunesse ne se produit qu'une fois. Et il faut la protéger. Alors je ne te dirai pas si plus tard, j’aimerais devenir agriculteur ou reporter sportif sur la BBC.

Foals est un groupe « next big thing » en devenir. Ca ne vous fait pas un peu flipper d'avoir la même trajectoire que Coldplay ou Muse ?
Jack :
Franchement, ça dépend. Si on peut continuer à faire la musique qu'on veut sans aucun compromis, c'est cool. Mais pour en arriver à vendre autant de disques, à être aussi connus, tu dois forcément passer par des compromis que je n'ai pas envie de faire.

Edwin : Coldplay et Muse sont deux cas très très différents. Je n'ai pas suivi leurs débuts, mais Muse est un groupe qui continue à faire ce qu'il veut, qui expérimente des choses, des musiques parfois bizarres, quitte à se planter. Ils sont devenus énormes, mais en faisant toujours ce qu'ils voulaient. Donc pourquoi pas devenir les nouveaux Muse si on continuer à faire ce qu'on veut ? Coldplay, c'est très différent. Ils se sont pointés avec un album de pop et ils ont continué à faire de la pop. Plus orchestrée, mais sans révolution. Donc pour répondre à ta question, c'est clairement oui. Je trouve ça flippant. Ca changerait complètement nos vies d'être aussi célèbres qu'eux. En plus, pour les journalistes, comparer ta musique à celle de Coldplay c'est une insulte. Donc je ne voudrais pas que Foals soit le nouveau Coldplay. Ce serait pervers de vouloir le devenir.

L'accueil de votre nouvel album est relativement mitigé. D'un côté, des gros médias l'encensent, et de l'autre, des blogs ou sites spécialisés le trouvent assez « boursoufflé ».
Jack :
Déjà, disons qu'une bonne chronique n'est rien d'autre qu'une validation du journaliste pour montrer que le disque peut entrer dans son monde. Tu ne sais même pas si le reste de la rédaction aime le disque ou pas. Donc je ne prête pas attention aux critiques négatives de What Went Down. Les réseaux sociaux permettent de supprimer ce filtre, on a eu d'excellents retours des fans via Twitter ou Instagram par exemple, qui n'existaient pas à nos débuts.

Edwin : C'est compliqué. Si on était un groupe chiant, je répondrais immédiatement que ce disque est notre meilleur et qu'on n'a aucun doute là-dessus. J'ai vraiment l'impression qu'on a fait du bon boulot. Après, je me fous des critiques négatives. J'en ai vu un peu, mais elles portent surtout sur le fait qu'on soit devenu un groupe qui a du succès. On vit un peu ce qui était arrivé à Coldplay quand ils ont commencé à exploser. Parce que le groupe a du succès et que le disque est bien produit, alors c'est mauvais, c'est ça ? Cette manière de nous critiquer est ridicule. Notre problème, c'est qu'après un premier disque bien soutenu chez les indépendants, aejourd’hui on est devenus plus gros. Alors on fait chier.


Critique acerbe en .jpg du quatrième album de Foals.

Mais vous les lisez ces critiques négatives sur What Went Down ?
Edwin :
Bien sûr. Celui qui te dira le contraire est un menteur.

Les groupes disent tout le temps en promo que leur meilleur LP, c'est le dernier. C'est quoi votre meilleur disque ?
Edwin :
Pour moi, What Went Down sans discussion.

Jack : Sans vouloir faire comme ces groupes, je crois que notre nouveau disque peut intéresser énormément de personnes. À chaque fois qu'on nous parle d’Antidotes, on nous dit que c'est un classique de l'ère moderne ou je ne sais quoi. Alors qu'à sa sortie, on avait eu pas mal de critiques négatives. Je crois qu'il y a pas mal de sites ou de magazines sur lesquels on ne sera jamais gagnants. Quoi qu'on fasse. Et puis on manque de recul pour dire si ce disque est notre meilleur. Je ne peux pas répondre à cette question objectivement, on est trop près de l'enregistrement.

Alors vous allez au moins pouvoir me donner le nom de votre plus mauvais disque.
Edwin :
Je pense, et je crois qu'on pense tous pareil dans le groupe, que c'est justement notre premier. Quand il est sorti, on avait l'impression de ne pas l'avoir terminé. Ca a été un sujet sensible pendant pas mal de temps. Le disque n'avait finalement rien à voir avec notre idée de départ, avec le résultat qu'on voulait obtenir. On était tous déprimés par tout ça. Je découvrirais peut-être dans 15 ou 20 ans en le réécoutant ce que les gens ont aimé dedans. Mais pour l'instant, je n'y arrive toujours pas.

Tu écoutes vos disques à la maison ?
Edwin :
Non...On les écoute énormément quand on les fait. Ou juste après leur sortie. Et ensuite on n'en peut plus.


Un incroyable morceau de Talk Talk.

Au fait, vous avez chacun un groupe préféré, je suppose ?
Edwin :
LCD Soundsystem.

Jack : Je viens de les découvrir, mais Talk Talk faisait de la musique incroyable.

Edwin : Mouais... À chaque fois que quelqu'un parle d'un morceau de Talk Talk, il dit la même chose, « Putain, ce truc est incroyable ! ». Alors j'écoute, et quinze minutes plus tard, je somnole...

Aucune autre déclaration à faire pour terminer ?
Edwin :
Non. Et je ne parlerai jamais de politique en interview. J'ai des opinions, mais je les garde pour moi, car quoi que je dise, ça se retournera de toute façon contre moi sur les réseaux sociaux. Je pourrais dire qu'on est des putains de rock stars pour te faire plaisir mais ce serait ensuite sorti de son contexte, non ? Et puis, c'est quoi une rock-star en 2015 ? Baiser des filles, se droguer, se bourrer la gueule ? Ca a déjà été fait dans les 60's.

Albert Potiron a trop peur que la Société-Internet se retourne contre lui pour s'inscrire sur Twitter.